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Sur le seuil : Sur le seuilDe Patrick Sénécal
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Sur le seuil : Sur le seuilDe Patrick Sénécal

Avec Sur le seuil, Patrick Sénécal réussit là où bien des auteurs d’horreur, de nos jours, échouent. Il maintient le lecteur dans un état proche de la transe, en refusant de dévoiler ne serait-ce qu’un indice sur l’issue de son récit. Et, comme si ce n’était pas suffisant, le dénouement respecte la rigueur déployée tout au long de l’histoire. Ainsi, plutôt que d’offrir une conclusion trop facile et décevante, où les méchants sont punis de leurs actes et les bons s’en sortent avec seulement quelques égratignures, il nous déstabilise par une finale sanglante et morbide.

Comme dans ses deux romans précédents, 5150, rue des Ormes et Le Passager (Éd. Guy Saint-Jean, 94 et 95), l’auteur, également professeur de littérature, de cinéma et de théâtre au cégep de Drummondville, voulait être le plus réaliste possible. «Pour y arriver, j’ai fait des recherches auprès d’une ergothérapeute et d’un psychiatre. Grâce à leur collaboration, j’ai pu visiter l’aile psychiatrique de l’hôpital Notre-Dame et discuter avec des patients. J’ai même eu l’occasion de me rendre à Pinel», raconte Patrick Sénécal avec animation.

Tout ça pour mieux asseoir ses personnages et retenir le lecteur «sur le seuil», pour reprendre l’expression utilisée par le personnage central de l’intrigue, Paul Lacasse. Ce dernier est un psychiatre d’expérience mais désabusé par son travail, obsédé par le sentiment de plus en plus grandissant de ne pas être capable de guérir véritablement la maladie mentale. Jusqu’au jour où il doit s’occuper d’un nouveau patient, Thomas Roy, l’écrivain le plus adulé du Québec grâce à ses histoires d’horreur sanglantes. Admis à l’hôpital dans un état catatonique, Roy a eu les dix doigts tranchés. Tentative de meurtre ou de suicide? C’est en essayant d’élucider ce mystère que le docteur Lacasse et sa collègue, le docteur Jeanne Marcoux, auront à confronter l’inimaginable pour un esprit scientifique: se pourrait-il que le Mal lui-même soit responsable de la folie habitant Thomas Roy?

En choisissant Montréal comme lieu principal de son intrigue, Patrick Sénécal parvient encore mieux à rendre l’illusion de réalisme; on a l’impression de se trouver aux premières loges et que le psychopathe pourrait bien être notre voisin. D’ailleurs, cette sensation persiste longtemps après avoir tourné la dernière page, car l’auteur a pris soin de nous laisser sur un doute inquiétant: pourrait-il y avoir une suite?

«Absolument pas! réplique-t-il. Une suite éliminerait tous les doutes que le lecteur peut entretenir. C’est un peu la même chose pour les romans d’horreur se terminant bien. Si j’avais imaginé une belle fin, j’aurais contredit les 400 pages précédentes; l’histoire me conduisait là, pas ailleurs. C’est comme si j’avais pris le lecteur par la main en lui disant "M’a te faire peur", et qu’à la fin, je lui dise en riant: "C’est une farce, c’était pas vrai!" L’horreur n’est pas faite pour rassurer. Si on me dit que Sur le seuil est un livre noir, malsain, déprimant, je peux alors dire que j’ai réussi à me rendre jusqu’au bout de mon intrigue.» Éd. Alire, 1998, 438 p.