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Claude Beausoleil : Le Chant du voyageur

Après avoir publié un essai, Le Motif de l’identité dans la poésie québécoise (Éd. Estuaire, 1996), ses «carnets parisiens», Librement dit (Éd. L’Hexagone, 1997), et une anthologie, Les Romantiques québécois (Éd. Les Herbes rouges, 1997), le poète Claude Beausoleil revient à sa propre création poétique.

L’auteur d’une quarantaine d’ouvrages, grand ambassadeur de la poésie, publie Le Chant du voyageur, un recueil de près de trois cents pages dans lequel il dit et redit la tâche du poète, les avenues qu’il prend pour parler à ses semblables, chemins terrestres et voyages intérieurs. Au fil des pages, il rend hommage à quelques grandes voix: Nelligan, Rimbaud, Baudelaire, Pessoa, Rilke, Dante, Neruda, Garcia Lorca, Gauvreau et quelques autres. En parallèle, il chante les vertus de la «chanson légère» entendue au coin des rues…
Amant des villes et friand des voyages, l’auteur de Rue du jour et de Grand Hôtel des étrangers a voulu exprimer ici le sens du déplacement qui relie aux origines en forgeant un nouveau regard. Solitaire, le poète tel qu’il le conçoit est engagé d’abord et avant tout dans la langue et dans ce regard qu’il porte sur le monde:«Chant abandonné confondu avec les nuances / ses mots musicaux errent à découvert / la lune glace l’oil des immeubles / les terrains vagues au sommet des montagnes / routes blanches de son désir se profilent / devenues voix rythme orage / écoutez ce qu’il dit il parle du réel / de l’heure du ciel sous les arbres du parc / de la rue aux murs d’amour lucides / des pertes et du danger horrible de posséder / tout ce qui n’est plus et tout ce qui naîtra / il parle d’exiger écoute oui il parle / de la beauté perçue dans le mot libéré».

Composé de dix-sept chants, chacun, à l’exception du dernier, formé de quatorze textes, Le Chant du voyageur s’élabore selon une structure quasi mathématique bien que répétitive. Fruit du labeur d’écriture de quatre années, il montre bien à quel point l’écrivain creuse sans dévier son interrogation. Le poète est ici scruté dans toutes ses intentions. «Au large du quotidien», il s’affaire «à révéler l’esprit des espaces intérieurs». Son chant est fait, bien sûr, du matériel des mots, «il rêve que la vie / est un mot en chantier»; il est fait aussi de silences, de solitude et de multitude, d’invention du réel, de savoir intime et d’un désir d’élévation. Romantique, sans doute, il ose le lyrisme, mais aussi la simplicité.

Claude Beausoleil, dans Le Chant du voyageur, laisse entendre la diversité émotionnelle du chant poétique. Quelques titres de poèmes donnent le ton: Le Silence imparfait, Chanson naïve, Lamentation, Chant matinal, La Musique d’un parking, Le Lieu où rêver, Le Récit du vent, Bruissements, Chant nordique… On y passe du chuchotement aux grandes tirades, mais aussi des rues bruyantes aux espaces vastes et silencieux. Ses hommages aux chansons, ritournelles d’autres époques qui nous reviennent en mémoire par hasard, et ses odes à quelques grands poètes disparus, complètent ce tableau large, mais forcément incomplet, de la parole qui voyage: «Vous serez ma blessure / le poète dit toujours / je n’aurai pas de lieu / je serai le regard / de ce qui recommence / l’autre parole / nomade je serai / voyageur sans visage». Éd. Les Herbes rouges, 1999, 288 p.