Ne manquez rien avec l’infolettre.
Livres

Les dix ans du Septentrion : Le passé revisité

Dix ans ont passé depuis la fondation des éditions du Septentrion, une maison où la passion de l’histoire influence la politique éditoriale bien davantage que les considérations commerciales.

A l’automne 1988 était lancé Léon Balcer raconte, le premier ouvrage à porter la rose des vents emblématique du Septentrion. Depuis, l’eau a coulé sous les ponts et l’encre a coulé sous les presses. Une décennie et quelque 225 titres plus tard, les éditeurs affichent la même ferveur qu’aux tout débuts de l’aventure, avec en plus, au fond des yeux, la fierté du pari relevé.

Denis Vaugeois, président du Septentrion, a depuis longtemps la passion de l’histoire. Au début des années 60, lui et quelques collègues – dont Jacques Lacoursière – fondent une maison d’édition, Boréal express. En effet, avant de connaître l’essor que l’on sait, Boréal ouvrait dans le domaine de l’histoire. Denis Vaugeois y est demeuré jusqu’en 1978, avant de faire un saut dans l’arène politique.

«Après avoir fait de la politique, j’ai voulu revenir à l’édition. J’avais la nostalgie de ce que j’avais vécu au Boréal.» Peu de temps après, les éditions du Septentrion voyaient le jour. «Au début, il y a eu l’achat d’une maison d’édition installée à Québec, Le Pélican. Nous ne voulions pas démarrer à zéro, en fait. La maison s’est ensuite développée autour d’un noyau de gens qui venaient du Boréal.»

Depuis, le Septentrion s’est bâti une solide réputation, jusqu’à devenir la plus importante maison d’édition en histoire au Québec. «Nous nous étions fixé une vitesse de croisière de vingt livres par année, et nous l’avons presque toujours dépassée.» Des ouvrages comme Une histoire militaire du Canada, La Fin des alliances franco-indiennes ou Les Anciennes Diligences du Québec allaient éclairer des pans entiers de notre histoire demeurés dans l’ombre, même si l’intérêt commercial de la plupart de ces livres demeure limité.
«Ici, devant un manuscrit de qualité, nous n’hésitons pas. Il n’y a pas de considérations commerciales.» Une attitude qui ouvre la porte à des travaux qui ne voient pas nécessairement l’histoire à travers une lentille teintée d’opportunisme ou de rectitude historique.

«Il faut mentionner que nous ne vivons ni l’un ni l’autre de ça. Nous avons un emploi respectif et nous travaillons avec une équipe relativement réduite», souligne Gaston Deschênes, historien et directeur de la maison. «Alors quand nous sommes devant un manuscrit, nous n’avons pas à présumer que nous en vendrons des milliers.»

La maison a néanmoins connu quelques succès de ventes, avec l’Histoire populaire du Québec de Jacques Lacoursière, par exemple. Cet ouvrage en quatre tomes s’inscrit parfaitement dans les orientations de la maison. L’approche en est accessible, originale et richement documentée. «Nous aimons l’histoire événementielle. La femme de Neuville entre 1928 et 1938, sous tel ou tel angle, dans un texte où personne n’est nommé, bourré de concepts abstraits, non… D’habitude, nous sommes assez vite d’accord pour ne pas publier ça. Nous privilégions des périodes plus larges et des auteurs qui ont été en contact avec des documents crédibles», explique Denis Vaugeois.

Leur travail reflète également le souci de pallier certains manques dans le corpus historique: «Il y a deux ans, nous avons publié deux biographies, Godbout et Taschereau. Il est sûr que ce ne sont pas des sujets à la mode, mais c’était pour nous des trous importants. Du coup, ça a créé un petit débat. Certains trouvaient que la biographie de Godbout lui était trop sympathique, qu’elle occultait le Godbout fédéraliste, ainsi de suite. Je leur ai répondu: écrivez-en une autre, si vous voulez, selon un autre point de vue», raconte Gaston Deschênes. Le jeu en valait finalement la chandelle, puisque les premiers tirages des deux livres ont été rapidement épuisés.

On est porté à croire que les livres publiés au Septentrion se retrouvent nombreux dans les classes des collèges et des universités. Pourtant, la pénétration du milieu de l’éducation reste modeste, ce que les éditeurs expliquent par une absence totale de compromis dans les choix éditoriaux: «Nous ne pensons jamais en fonction du système scolaire. Nous sommes trop indépendants pour nous asservir aux caprices des programmes scolaires. Il y a toutefois Brève histoire socio-économique du Québec qui est employé au cégep, mais c’est un peu l’exception. Étonnamment, c’est un livre écrit par deux historiens anglophones, John A. Dickinson et Brian Young. […] Nos livres ont quand même fait leur chemin. Les professeurs les découvrent, les conseillent. Et il est clair que Histoire populaire du Québec y a beaucoup contribué», soutient Vaugeois.

Pour souligner son dixième anniversaire, le Septentrion a proposé une rentrée automnale 1998 plutôt étoffée. Ont été lancés, entre autres, Iroquoisie, de Léo-Paul Desrosiers, un ouvrage en quatre volumes encore jamais publié dans son intégralité, et Journal d’un fils de la liberté (1838-1855), signé Amédée Papineau, le fils aîné de Louis-Joseph Papineau.

Le catalogue complet du Septentrion peut être consulté à l’adresse suivante: www.septentrion.qc.ca. Historiens en herbe ou spécialistes, vous y trouverez aussi un lieu de discussion fort dynamique.

Depuis dix ans, les éditions du Septentrion vivent l’histoire au présent et rendent attrayants des épisodes qui sentent facilement la poussière. Longue vie!