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Nouvelles d’Amérique : dir. de Maryse Condé et Lise Gauvin

Le projet à l’origine de ces Nouvelles d’Amérique était fort prometteur: Maryse Condé et Lise Gauvin voulaient réunir un ensemble de récits résonnant de la diversité des voix qui font les littératures francophones du continent américain.
Sur les seize auteurs regroupés dans le recueil, sept sont originaires des Antilles: Muriel Wiltord, de Martinique; Syto Cavé et Émile Ollivier, d’Haïti; Maryse Condé, Gerty Dambury, Ernest Pépin et Gisèle Pineau, de la Guadeloupe. Les neuf autres sont de nos régions: Marie-Claire Blais, André Brochu, Lise Gauvin, Suzanne Jacob, Micheline La France, Madeleine Monette et Gilles Pellerin, avec comme francophones hors Québec, l’Acadien Jean Babineau et l’Ontarois Maurice Henrie.
La préface a beau s’évertuer à tisser des liens thématiques entre les textes du recueil, l’ensemble est passablement hétéroclite. Et ces Nouvelles d’Amérique sont, pour la plupart, ni franchement bonnes ni vraiment mauvaises. Seuls deux récits se distinguent de l’ensemble: Portrait de famille, de Maryse Condé, qui propose une touchante histoire de soumission à l’impérialisme culturel français, et La Supplique d’Élie Magnan, où Émile Ollivier esquisse une mordante critique des frilosités linguistico-nationaleuses. Par ailleurs, ces deux récits sont pratiquement les seuls dans lesquels affleure une réflexion sur l’identité pour le moins problématique des cultures francophones d’Amérique.

En passant, il faut remarquer que le titre Nouvelles d’Amérique ratisse bien trop large par rapport à la sélection des auteurs regroupés dans l’ouvrage. En prétendant implicitement que ces écrivains sont représentatifs des littératures de l’Amérique, on utilise l’expression «nouvelles d’Amérique» comme si elle était synonyme de récits écrits en langue française.

Autre détail: lorsqu’un écrivain d’origine haïtienne, comme Émile Ollivier, réside à Montréal, le recueil mentionne à côté de son nom: «Québec/Haïti»; par contre, même si Marie-Claire Blais et Madeleine Monette vivent aux États-Unis, et que leurs écrits mettent en scène des personnages et des décors fortement marqués par leur lieu d’adoption, on ne signale malgré tout que «Québec», et non «USA/Québec» à côté de leurs noms. Comme si, contrairement aux autres, l’identité québécoise était transcendante du lieu de résidence!

Finalement, ces deux petits problèmes en disent bien plus long que la plupart des textes recueillis dans ces Nouvelles d’Amérique sur le rapport fort singulier que les gens de culture du Québec entretiennent avec la part américaine de leur identité. Éd. L’Hexagone, coll. Fictions, 1998, 180 p.