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Spécial Lectures d'été : Congé solaire
Livres

Spécial Lectures d’été : Congé solaire

Dans la marée de pages qui monte chez les libraires à l’approche des vacances, quelques-unes font de bien belles promesses aux estivants. Nous vous proposons une sélection de polars, nouvelles, romans historiques, essais, biographies, livres jeunesse, sans oublier les bédés et les livres pour amants de la nature. Bref: un peu de tout, pour tous. Bonnes  lectures!

ROMANS ET NOUVELLES

En avant comme avant
de Michel Folco
Les fans espéraient ce livre comme d’autres, le messie! Ceux qui ont lu la saga des artisans Tricotin (Un loup est un loup, 1995) et des bourreaux Pibrac (Dieu et nous seuls pouvons, 1991) se sont attachés au style et au monde de l’écrivain français Michel Folco. Mais peut-être encore plus à Charlemagne, et à sa fratrie composée de Clodomir, Pépin, Dagobert et Clotilde, avec lesquels il parle un langage unique: le lenou. Nul besoin d’avoir lu les précédents romans de Folco pour entrer de plain-pied dans En avant comme avant: les intrigues antérieures nous sont rappelées et expliquent les liens entre les différents personnages. Ainsi, ceux qui sont restés suspendus aux dernières lignes d’Un loup est un loup retrouveront Charlemagne, cet ancien meneur de loups, dans une posture bien malaisée. Ce n’est pas nous qui révélerons la tournure de son mariage, mais disons que ses ennuis ne feront que s’aggraver… Michel Folco est un homme peu connu des médias et il jouit d’un succès discret (ses livres se vendent très bien, mais l’homme n’est pas mondain); ses titres sont annoncés comme un secret que l’on se murmure de l’un à l’autre, comme pour préserver la magie qui les habite. De la diablerie, il y en a dans ce roman, où l’on retrouve la saveur des mots paysans passés à la moulinette du surréalisme (il le faut pour appeler ses personnages les Jouasse du Grand Séché, ou encore les Pointrail de la Roucoulette!); de l’érudition aussi, l’écrivain documentant les moindres faits et gestes de ses héros. On apprend des tas de choses sur la justice, les méthodes de torture (préférez-vous les "tenailles et le fer chauffé à blanc" ou "l’huile bouillante versée goutte à goutte dans les oreilles"?), la vie quotidienne dans les prisons (les cachots, l’ameublement, la nourriture, le traitement des prisonniers, etc.), ou encore les métiers traditionnels du XVIIIe siècle, époque à laquelle se déroule le roman. La reconstitution du monde paysan, des lieux, des décors, est saisissante. Mais surtout, on rigole beaucoup à la lecture du roman, et l’on voudrait qu’il ne finisse jamais. Bref, LE livre à emporter pour vos vacances. Éd. du Seuil, 2001, 381 p. (P. N.)

Nouveaux crus de Beigbeder et Allende
Deux surprises attendent les fans cet été: un nouveau livre de l’insolent Frédéric Beigbeder, l’auteur qui avait donné 99 Francs (éd. Grasset) l’automne dernier et qui provoqua un scandale (bien orchestré, mais qui fit son effet). Dernier Inventaire avant liquidation proposera les réflexions de Beigbeder, également critique littéraire, sur les 50 meilleurs livres choisis par 6000 Français, à la suite d’un concours organisé par la FNAC et Le Monde. Beigbeder commente cette sélection, à sa manière caustique et outrancière.

Dans un tout autre ordre d’idées, la romancière latino-américaine Isabel Allende livre la suite de sa Fille du destin: Portrait sépia raconte les péripéties d’Aurora, petite-fille d’Éliza Summers, héroïne du précédent récit. On voyage avec elle au Chili, en Europe, en Californie, traversant l’histoire et les grands bouleversements du XIXe siècle. Éliza est également l’ancêtre des personnages de La Maison aux esprits, autre très beau roman d’Allende. La boucle sera bouclée.

Les deux livres sortiront au Québec le 25 juin, chez Grasset. (P. N.)

La Prêtresse d’Avalon
de Marion Zimmer Bradley
Quatrième tome du Cycle d’Avalon, inauguré avec Les Dames du lac, qui s’est vendu à des millions d’exemplaires (et offert d’ailleurs en livre de poche), La Prêtresse d’Avalon a été interrompu par la mort de l’écrivaine Marion Zimmer Bradley, survenue en 1999. En effet, c’est son amie et collaboratrice Diana Paxson, aussi romancière, qui s’occupa du manuscrit et termina le roman. Nous sommes à la fin du IIIe siècle. Eilan, qui a grandi à Avalon et qui a été initiée aux différents pouvoirs conférés par ses origines, donne naissance à un fils qui changera le monde. Entre les brumes poétiques de l’île d’Avalon, la magie des mythes celtes, la montée du christianisme, les auteures racontent (et enjolivent, ainsi que l’indique Paxson dans l’avant-propos) l’histoire d’une femme ayant réellement existé et connue aujourd’hui sous le nom de sainte Hélène. Éd. du Rocher, 2001, 415 p. (P. N.)

Inca
Princesse du soleil d’Antoine B. Daniel
À l’initiative de Bernard Fixot, un éditeur français qui a du flair, ils se sont mis à trois pour pondre cette saga qui se déroule en Amérique latine au temps des Incas, comme l’indique le titre. Bertrand Houette est spécialiste des Incas; Antoine Audouard a laissé le milieu de l’édition pour se remettre à écrire récemment; et Jean-Daniel Baltassat a déjà signé un roman sur le sujet. Bref, tout le monde s’est mis d’accord et voilà le résultat: Antoine B. Daniel, un auteur à six mains qui n’existe pas vraiment, sauf sur papier. Bien sûr, on ne peut pas parler d’une écriture renversante: on se préoccupe plus de nous faire connaître le monde et la civilisation incas, les faits historiques, qu’autre chose. On raconte l’histoire d’amour d’une princesse inca et d’un jeune conquistador espagnol, dont les aventures s’échelonnent sur trois tomes: L’Or de Cuzco et La Lumière de Machu Picchu sortiront, en effet, au cours de l’année. On annonce un best-seller: disons plutôt qu’on a mis le paquet avec une campagne de promotion bien orchestrée. Pour les amoureux de ces sociétés perdues, les vacances seront agréables et instructives (on a joint un cahier intitulé La Vie quotidienne à Cuzco au temps des Incas). Éd. XO, 2001, 461 p. (P. N.)

La Petite Bijou
de Patrick Modiano
Les amateurs de Patrick Modiano aimeront ce roman tout en douceur, qui raconte l’histoire d’une fillette, appelée Petite Bijou, croisée dans un roman précédent de l’écrivain français (De si braves garçons). Dans le Paris des années 60, la petite a grandi et, à 17 ans, cherche dans les parcs, les immeubles et les rues de sa ville des traces de cette mère qu’on lui disait morte au Maroc, après l’avoir abandonnée. Plus le récit avance, et moins la jeune femme parvient à réunir les morceaux de son passé. Il ne lui reviendra plus jamais; c’est la leçon qu’elle devra tirer de cette aventure, au cours de laquelle un traducteur et une pharmacienne lui donnent les clés de sa liberté. On appréciera le style simple et limpide, poétique, de Modiano, et l’ambiance très cinématographique qui règne dans le roman, faisant de la Ville lumière un grand jardin d’ombres qui effraient les petites filles. Éd. Gallimard, 2001, 153 p. (P. N.)

Amours en fuite
de Bernhard Schlink
On l’a découvert en 1997 avec Le Liseur, ce beau roman d’amour entre un adolescent et une femme d’âge mûr, devenu un best-seller international. On l’a ensuite redécouvert, grâce à la traduction d’un polar qu’il avait écrit 10 ans plus tôt (Brouillard sur Mannheim, en collaboration avec Walter Popp) et de sa suite, Un hiver à Mannheim, parue l’an dernier. Après avoir, à travers ces trois histoires, évoqué avec une grande délicatesse la question de l’après-nazisme, qui continue de hanter sa génération et celles qui l’ont suivie, Bernhard Schlink change de registre et interroge, dans ce recueil de sept nouvelles, les raisons du coeur, les cruautés amoureuses et les volte-face de la passion. Sept personnages masculins, sept histoires d’amour, sept vies où se dessinent, en creux, des portraits de femmes qui portent sur leurs épaules tout le poids du monde. Éd. Gallimard, 2001, 312 p. (M.-C. F.)

Le Pharmacien
de Sylvie Trottier
Dans ces nouvelles très courtes (trois ou quatre pages tout au plus), Sylvie Trottier présente une série de personnages dont le quotidien plutôt banal sera bousculé par le désir. Elle s’intéresse au prélude amoureux, à l’éveil des sens et de la tentation, période fragile mêlée de retenue ou de peur d’être déçu. La plupart du temps, les historiettes se terminent avant même que le désir ne soit assouvi, ce qui n’empêche pas l’auteure de suggérer beaucoup d’érotisme. Le plaisir d’écrire est manifeste chez Sylvie Trottier, qui crée, avec humour et finesse, des petits univers cohérents, où l’on croit reconnaître nos voisins ou amis, voire nous-même. Dommage que ces belles qualités n’effacent pas tout à fait l’impression d’exercice de style qui se dégage au fil des textes. L’instant même, 2001, 144 p. (T. M.-R.)

La Pêche blanche
de Lise Tremblay
Si vous avez très chaud un de ces jours durant l’été, vous pourrez vous rappeler l’hiver le temps d’une centaine de pages avec ce deuxième roman de la Québécoise Lise Tremblay, paru à l’origine en 1994. Avec une étonnante économie de mots, l’auteure y fait le portrait sensible de deux frères dans la trentaine, qui semblent vivre, dans tous les sens du mot, à des lieues l’un de l’autre. Alors que l’un a déserté 20 ans plus tôt le Saguenay de son enfance pour lui préférer la Côte-Ouest des États-Unis, l’autre est resté là, où chaque hiver, sur la rivière gelée, se dressent les cabanes multicolores des pêcheurs. Guère plus heureux l’un que l’autre, ils sont unis par le souvenir oppressant d’une enfance soumise au joug d’un père qui leur refusait tout, de l’amour jusqu’au simple plaisir d’aller voir les cabanes de la pêche blanche. Éd. Bibliothèque Québécoise, 2001, 106 p. (J. S.)

Cosette ou le temps des illusions
de François Cérésa
Oh! Sacrilège! Quelqu’un a osé toucher aux Misérables de Victor Hugo, trésor national français suprême! Et alors? L’auteur n’est pas assez fou pour prétendre imiter Hugo, quand même. Ce qui l’intéressait, c’était la vie de ces personnages, Javert et Thénardier, entre autres. Et celle de Cosette, bien sûr, que l’on retrouve mariée à Marius, à 18 ans, elle qui a tant peiné pour survivre, dans ce Paris ancien et misérable, justement, mais si beau aussi. François Cérésa a repris l’histoire où elle se terminait, et pour cela, il sera poursuivi par les descendants d’Hugo… qui demandent réparation à l’outrage; d’autres puristes prétendent également que le personnage n’appartient qu’à son auteur. Comme le remarquait un journaliste de L’Express, il existe des centaines de versions de don Juan, et c’est d’ailleurs ce qui a perpétué la mémoire de Molière. Bref, c’est le grand débat dans le milieu littéraire; entre-temps, lisons ce roman pour nous faire notre propre opinion. Le livre vient tout juste d’arriver en librairie. Éd. Plon, 2001, 499 p. (P. N.)


POLARS

Les Morts de la Saint-Jean
de Henning Mankell
Une nuit d’été à Ystad, Suède, trois amis entreprennent de célébrer la Saint-Jean à leur manière. Déguisements d’époque, perruques, jeu de rôle, musique d’ambiance, vin en abondance: une célébration à la belle étoile qui devait être un amusement mais qui tourne au cauchemar. Les jeunes disparaissent. Tous croient à une fugue. Sauf la mère de l’une des victimes, qui supplie l’inspecteur Wallander, chargé de l’enquête, de pousser les recherches plus loin. Or il en a déjà plein les bras, ce pauvre Wallander, avec son coeur en charpie, sa

santé fragile, le diabète qu’on lui a découvert. Et cet autre drame qui vient frapper le commissariat de plein fouet: la mort violente d’un policier, un ami, collègue de longue date. Découvert avec Meurtriers sans visage (Christian Bourgois, 1994), l’auteur, Henning Mankell, partage sa vie entre sa Suède natale et le Mozambique où il dirige une troupe de théâtre. Avec Les Morts de la Saint-Jean, il signe un quatrième polar qui se démarque par son rythme lent et pourtant soutenu, par la finesse de la psychologie et l’économie de moyens dont l’auteur fait preuve. Terrifiant et diablement prenant, Les Morts de la Saint-Jean est une découverte et une invitation à tout relire Mankell. Traduit du suédois par Anna Gibson. Éd. Seuil Policiers, 2001, 485 p. (M.-C. F.)

Fleur invitait au troisième
d’Anne-Michèle Lévesque
Au retour d’un voyage d’affaires, Martial Latendresse découvre sa femme, une belle métisse nommée Fleur, morte électrocutée dans sa baignoire. Tous ceux qui connaissent le jeune couple soupçonnent le mari, notoirement jaloux, possessif et violent. Or Martial clame son innocence à qui veut bien l’entendre. Il est malgré tout accusé, et passe 12 années en prison à ruminer des plans de vengeance. Écrit par une auteure méconnue dont c’est pourtant le neuvième livre, Fleur invitait au troisième est un polar abitibien léger, léger, plus ludique que terrifiant, où l’auteure, qui ne se prend manifestement pas au sérieux, s’amuse à jouer le jeu des fins multiples en nous invitant à trancher. Une expérience amusante où les dialogues colorés et l’humour nous aident à oublier les clichés stylistiques. Éd. Vents d’Ouest, 2001, 174 p. (M.-C. F.)

Double Délice
de Rosamond Smith
Dans une petite banlieue cossue du New Jersey, Terence Green, un homme sans histoire, directeur d’une fondation new-yorkaise, marié et père d’une joyeuse petite marmaille, est appelé à siéger en tant que membre du jury au procès d’un homme accusé d’agression. La plaignante, Ava Rose Renfrew, une belle et étrange jeune femme qui dit consacrer sa vie à l’Art et la Beauté, subjugue Green. Au point d’en devenir littéralement obsédé, d’en oublier son devoir d’objectivité, et d’user de tous ses pouvoirs pour influencer la décision des autres membres du jury. Il va revoir la belle Ava Rose. Et leur passion aura un prix exorbitant. Qu’on ne s’y méprenne, Double Délice n’est pas qu’une variation de plus sur le thème usé de la liaison fatale. C’est l’oeuvre de l’une des voix les plus estimées de la littérature américaine, la grande Joyce Carol Oates, qui signe aussi, pour notre plaisir, des thrillers sous ce pseudonyme de Rosamond Smith. Traduit de l’américain par Florianne Vidal. Éd. Belfond, 2001, 419 p. (M.-C. F.)

Le Cinquième Jour
de Maud Tabachnik
À New York, la disparition de trois jeunes gens, dont une fillette de neuf ans, donne du fil à retordre au capitaine Stan Levine, chargé de la coordination des enquêtes criminelles de la ville. Bientôt, Levine découvre qu’il a affaire à un fou dangereux. Un monstre qui fait dans le cannibalisme, le sadisme et l’automutilation. Quand le tueur s’en prend à la propre fille de Levine, il lui faudra l’aide de sa femme, et toute la foi dont ils sont capables, pour

arriver à coincer celui qui se cache sous les traits d’un employé modèle de la bibliothèque municipale, archiviste, père de famille à qui on donnerait le bon Dieu sans confession. Écrit par la prolifique auteure de Lâchez les chiens et de L’Étoile du temple, Le Cinquième Jour est un polar qui donne véritablement des frissons dans le dos. Éd. Albin Michel, 2001, 312 p. (M.-C. F.)

Gueule d’Ange
de Jacques Bissonnette
À Montréal, dans le quartier Centre-Sud, une jeune fille est retrouvée sans vie. Pour Anémone Laurent, experte en criminologie juvénile qui fait ses débuts à la section des homicides, c’est l’occasion de prouver son savoir-faire à ses collègues. L’enquête qui la mène à explorer un univers glauque, celui des jeunes sans-abri, de la drogue et du body-piercing, lui révélera bientôt que Claudia, la jeune fille assassinée, faisait partie d’un trio d’amies inséparables. L’une d’elles sera retrouvée morte dans un squat sordide. Et la troisième, surnommée Gueule d’Ange, est portée disparue. Réédition format poche d’un roman paru en 1998, Gueule d’Ange est le quatrième titre d’un auteur qui s’est taillé une place de premier choix dans le monde du polar made in Québec. Éd. Alire, 2001, 384 p. (M.-C. F.)

La Mémoire du lac
de Joël Champetier
Auteur de 10 romans et d’une vingtaine de nouvelles, Joël Champetier avait publié La Mémoire du lac en 1994, dont voici la réédition, dans une version révisée. Ce roman à cheval sur deux genres, le policier et le fantastique, se déroule dans les profondeurs de l’Abitibi et du Témiscamingue, et met en scène Daniel Verrier, un homme qui vient de perdre ses enfants, tous deux morts noyés. Atteint d’amnésie partielle, le héros devient fou… ou du moins, c’est ce que l’on suppose. On croisera des gens étranges, et surtout, l’on découvre dans ce roman un imaginaire fantasmagorique, dépaysant à souhait, qui plaira aussi aux amateurs d’horreur. La Mémoire du lac avait remporté deux prix littéraires, et figure parmi les classiques du genre au Québec. Éd. Alire, 2001, 320 p. (P. N.)

Sac d’os
de Stephen King
Stephen King ne fait jamais dans l’horreur gratuite, si l’on peut dire. Il profite généralement de sa tribune d’histoires noires pour sonder profondément les caractères humains, de sorte que la part de réalisme ainsi exposée finit par être aussi terrifiante, sinon plus, que la part de fiction. Grand succès de l’auteur, paru à l’origine en 1998, Sac d’os (Bag of Bones) met en scène un romancier de renom qui, pour la première fois de sa vie, fait face à l’angoisse de la page blanche. Non sans raison: son épouse vient de mourir, à l’âge de 34 ans, foudroyée par un anévrisme. Contrairement à son héros, Stephen King n’a aucun mal quant à lui à noircir plus de 700 pages qui racontent les étranges malédictions qui s’abattent sur une petite ville de campagne engoncée dans l’injustice, le racisme, et la violence faite aux femmes. Éd. Albin Michel, 2001, Le Livre de Poche no 15037, 733 p. (J. S.)


BIOGRAPHIES / RÉCITS

Illuminations et Nuits blanches
de Carson McCullers
Ce livre regroupe le texte de l’autobiographie de Carson McCullers, des extraits de sa correspondance avec Reeves McCullers, son mari, alors qu’il est en Europe pendant la Seconde Guerre mondiale, ainsi que trois nouvelles inédites (Hush, Little Baby, L’Homme d’en haut et La Marche). Le titre du livre est celui que McCullers avait choisi pour coiffer son autobiographie, voulant montrer par là l’alternance entre le bonheur et le malheur, la

lumière et l’ombre, qui a caractérisé sa vie. Elle en a dicté le récit à plusieurs personnes alors qu’elle gisait, malade, dans son lit, à New York, pendant sa dernière année d’existence. Dans sa préface, Carlos L. Dews précise que les faits relatés ne sont pas tous exacts, et souvent enjolivés, mythifiés par l’auteure du Coeur est un chasseur solitaire. Peu importe: elle y évoque ses livres, sa vision de l’art, et de la littérature en particulier, ainsi que les écrivains qui ont compté pour elle. Un inédit tout désigné pour les fans. Éd. 10/18, 2001, 283 p. (P. N.)

André Malraux, une vie
d’Olivier Todd
Cet ex-journaliste (mais il l’est évidemment resté, pour effectuer ce travail de recherche et de synthèse) a déjà fait ses preuves comme biographe; après Jacques Brel, Albert Camus et Sartre, voici une grosse brique sur l’un de ses héros: André Malraux. C’est d’ailleurs par cet aveu qu’il commence son ouvrage: "Cartes sur table: Malraux compta pour moi. J’ai rencontré son personnage en guerrier. J’avais huit ans." Né en 1929, Olivier Todd a travaillé pour la BBC, pour L’Express et Le Nouvel Observateur, et baigné dans le monde intellectuel qui a entouré André Malraux (1901-1976), ce compagnon de route de De Gaulle, aussi ministre des Affaires culturelles pendant 11 ans. Une bonne suggestion pour ceux qui ont aimé le personnage, et surtout l’oeuvre (Les Conquérants, La Condition humaine, L’Espoir, Les Antimémoires). Biographies NRF / Éd. Gallimard, 2001, 691 p. (P. N.)

Journal de la création
de Nancy Huston
Il est des livres d’intellectuels qui se prêtent particulièrement bien à la lente lecture de vacances. Qu’on pense par exemple aux Fragments d’un discours amoureux (1977) de Roland Barthes, où lectures et réflexions du penseur venaient se greffer à son expérience amoureuse. La romancière Nancy Huston, à qui l’on doit par ailleurs une dizaine d’essais, nous donne un bel exemple du genre avec son Journal de la création. Il s’agit d’un journal tenu en 1988, pendant les six derniers mois de sa seconde grossesse, et dans lequel Huston s’interroge sur les rapports entre la création d’un humain et la création d’une oeuvre artistique. Jusqu’où l’une et l’autre se font-elles en collaboration ou en solitaire? Le corps n’est-il pas également sollicité dans l’un et l’autre cas? Un récit de la terreur et de l’émerveillement de créer, auquel s’ajoute l’histoire de plusieurs couples d’écrivains célèbres. Éd. Actes Sud / Leméac, 2001, Babel no 470, 358 p. (J. S.)

Mea culpa
de Monique Bosco
C’est un secret bien gardé: les livres de Monique Bosco, et particulièrement le récit de ses souvenirs, commencé avec Confiteor (1998), puis poursuivi avec Bis (1999), sont peu connus, et constituent des bonheurs de lecture. Mais ce, pour les gens qui aiment la littérature, surtout française, et qui connaissent un peu l’auteure. Butinant les oeuvres des Duras, Proust, Colette, Woolf, et combien d’autres, avec lesquels l’auteure est très familière (elle a enseigné à l’Université de Montréal de nombreuses années), Monique Bosco confie ses réflexions sur la vie, sur sa vie, sur la vieillesse, la création, la littérature, bien sûr, et cela, toujours à travers les phrases de ses écrivains favoris. C’est le choix de cette écrivaine à l’oeuvre considérable, d’ailleurs honorée en 1996 par le prix Athanase-David, que de se cacher derrière les mots des autres. À nous de lire entre les lignes. Éd. HMH, 2001, 120 p. (P. N.)

L’Empire désorienté
de Catherine Bergman
La journaliste Catherine Bergman a beau avoir cessé de pratiquer le métier, elle raconte encore des histoires. Ce dont témoigne son livre, dans lequel elle rapporte des notes de voyage, des impressions, des aventures qui lui sont arrivées au Japon. Femme d’ambassadeur – profession haïe par les uns (pour les privilèges) et enviée par les autres ("pour les petits-fours"!) -, Bergman promène son regard vivant et alerte sur un pays où elle a séjourné pendant cinq ans. Elle aborde dans ses 23 histoires la politique, la censure, le révisionnisme, le harcèlement sexuel, la vie des geishas, l’importance du protocole, l’économie, les autochtones, les mariages arrangés, et d’autres sujets encore; le tout, par le biais du quotidien, et à travers ces hommes et ces femmes (professeurs, journalistes, médecins, artistes, etc.) que l’auteure a croisés tout au long de son séjour. On y découvre un Japon moins cruel que celui d’Amélie Nothomb, mais tout aussi complexe. Une lecture estivale tout indiquée. Éd. Flammarion / Québec, 2001, 320 p. (P. N.)


ESSAI

Le Village québécois d’aujourd’hui / Glossaire
de Benoît Melançon et Pierre Popovic
Ç’aurait pu être un petit glossaire profondément agaçant: une complaisante anthologie d’atrocités syntaxiques comme Georges Dor en commet désormais pratiquement tous les ans. Mais non! Le bouquin est amusant. Ses auteurs, Benoît Melançon et Pierre Popovic, y accumulent un ensemble d’expressions courantes qu’ils accompagnent de définitions délicieusement impertinentes!

L’assurance-chômage y est présentée comme "l’assurance de chômer", ce qu’il ne faut évidemment pas confondre avec l’assurance-emploi: "l’assurance de ne pas trouver d’emploi". Qu’est-ce qu’un cours de création? Une "expression universitaire qui […] a remplacé dans les programmes l’ancienne et désuète "cour de récréation"".

Le fumeur est un "animal d’extérieur [qui vit] en troupeau au grand air, généralement sur les trottoirs. À défaut d’enfumer ses congénères, aime bien leur bloquer le passage". Les gauchistes sont "toujours attardés". À l’article religion, on peut lire: "En souhaiter l’enseignement. Ne pas souhaiter la pratiquer." L’adjectif songé signifie "pensé fort et de travers à tel point que c’en est croche". Et si le mot souche "a longtemps désigné ce que le bûcheron laissait derrière lui [, il] désigne maintenant le bûcheron lui-même".

Le Village québécois d’aujourd’hui ne prétend pas nous enlever de la bouche les quelques québécismes plus ou moins bancals qu’on a sans cesse sur le bout de la langue. Le livre se contente plutôt, et c’est beaucoup, de nous mettre le sourire aux lèvres. Éd. Fides, 2000, 149 p. (P. M.)


BÉDÉ

Avatars ataviques (Jim le Malingre)
de Phlpp Grrd
"Jean-Paul Sartre a dit: le jazz c’est comme les bananes, ça doit être consommé sur place. Moi je dis: le karaoké c’est comme les choux de Bruxelles, c’est vraiment dégueulasse." Dans la plus pure tradition du "strip" vient de paraître Avatars ataviques, une bande dessinée de Phlpp Grrd (nom de plume que Philippe Girard s’est donné après avoir lu La Disparition de Perec). Un sixième album mettant en vedette Jim le Malingre, dont les réflexions existentielles ne sont pas sans rappeler celles du célèbre Chat de Geluck, éclairant l’absurde de notre quotidien et partant souvent d’une citation d’auteur qu’il s’amuse à déconstruire. Divertissant. Éd. Mille-Îles, coll. "Zone convective", 2001, 48 p. (É. P.)

Chansons de Gainsbourg et de Boris Vian en bandes dessinées
Nouvellement distribuées au Québec par le F.52 (qui se fait un point d’honneur de nous faire découvrir les nouvelles tendances en bande dessinée européenne), les éditions françaises Petit à petit proposent une jolie collection qui adapte les oeuvres de chanteurs français en cases et en bulles. Les albums consacrés à Serge Gainsbourg et à Boris Vian contiennent chacun une quinzaine de titres illustrés par autant de bédéistes de styles différents (réalistes, expressionnistes ou humoristiques), nous faisant lire autrement des textes devenus des classiques de la chanson française. Du bonbon! Éd. Petit à petit, 2000, 96 p. (É. P.)

Comme une rivière
de Pierre Wazem
Après Le Chant des pavots, Bretagne et Week-end avec préméditation, le jeune bédéiste suisse Pierre Wazem en est à son quatrième album publié dans "Tohu-Bohu", une collection des Humanoïdes Associés consacrée à des romans graphiques de longueur variable en noir et blanc. Comme une rivière relate les retrouvailles entre un fils et son père, veuf un peu fou qui vit dans la solitude d’une campagne russe. Le trait sobre et élégant de Wazem, qui peint à l’encre de Chine et sans tons de gris, s’attache à des détails qui révèlent davantage que le texte, au style volontairement elliptique. Un récit intimiste bouleversant. Les Humanoïdes Associés, coll. "Tohu-Bohu", 2001, 112 p. (É. P.)

La Favorite (Djinn, volume 1)
de Dufaux et Miralles
"Le corps d’une femme restera toujours le pouvoir suprême devant lequel plient les hommes", écrit Jean Dufaux en préface du premier tome de Djinn. Auteur de plusieurs séries à succès qui avaient en commun d’exposer le corps féminin dans ses plus harmonieuses (et attendues) proportions, Dufaux récidive avec cette intrigue qui fait entrer les lecteurs dans l’univers des harems. Une jeune Anglaise, petite-fille de Jade, favorite de Murati, le "sultan noir", mène son enquête à Istanbul. Aidée du séduisant Ibram Malek, elle devra affronter différents groupes qui, comme elle, s’intéressent à celui qui joua un rôle politique important au début du siècle, mais surtout au trésor, jamais retrouvé, que le sultan projetait d’offrir à ses alliés allemands. Une intrigue conventionnelle mais efficace, bien illustrée et colorée par Miralles. Éd. Dargaud, 2001, 48 p. (É. P.)


JEUNESSE

Opération Dragon jaune
Les livres-jeux garantissent généralement quelques heures de paix les jours de pluie! Celui-ci est un recueil de huit petites histoires mettant en vedette les détectives de l’Agence "Malice et Réglisse". À la fin de chaque page d’histoire, une énigme est posée, dont la réponse se trouve dans l’illustration en page opposée. En tout, 60 énigmes à résoudre pour nos 8 à 12 ans. Éd. Julian Press / Actes Sud Junior, 2001, 126 p. (J. S.)

Les Grands Débrouillards (de Graham Bell à Daniel Langlois)
de Réal Godbout, Johanne David et Marie-Pier Elie
Les livres éducatifs passent toujours mieux quand ils n’en ont pas l’air. Surtout l’été… Les jeunes de 9 à 13 ans profiteront de cet album qui raconte un peu de l’histoire scientifique du Québec et du Canada, en bédé, à travers 11 personnages. Ils y feront la connaissance d’Alexander Graham Bell, bien entendu, mais aussi de gens moins connus comme Daniel Langlois, Fernand Seguin et Brenda Milner. Soulières éditeur, 2001, 48 p. (J. S.)

Le Messager des orages
de Laurent McAllister
Vos ados sont férus de littérature fantastique? Yves Meynard et Jean-Louis Trudel sont deux prolifiques auteurs de fantastique et de science-fiction qui unissent leurs plumes depuis 1986 pour signer des nouvelles sous le pseudonyme de Laurent McAllister. Ils nous donnent ici le premier roman jeunesse de leur auteur virtuel. Le Messager des orages, c’est le voyage initiatique de Pierre, 12 ans, jeune citoyen de la ville de Zodiaque, à la recherche du père perdu. Éd. Médiaspaul, 2001, 171 p. (J. S.)


LOISIRS

Champignons comestibles
faciles à identifier

d’Yvon Leclerc
Champignons à lamelles, à plis, à tubes ou à aiguillons; morphologie, cueillette, identification des différents champignons: voilà le programme de ce guide tout simple. Avec ses photos couleur grand format, on ne risque pas de se tromper, quoique… on ne sait jamais! Et Yvon Leclerc, comme tous les mycologues, répète sagement que dans le doute, il faut s’abstenir. Mais avec ce guide, les amateurs pourront au moins s’initier à la cueillette, et apprendre à choisir les meilleures morilles rondes ou chanterelles "ciboires". Plusieurs champignons apparaissent déjà au printemps et en été. Éd. Broquet, 2001, 140 p. (P. N.)

Les Graminées au jardin et dans la maison
de Sandra Barone et Friedrich Oehmichen
Il n’y a pas que les fleurs pour embellir les jardins et l’intérieur des maisons. C’est le sujet du livre écrit par Sandra Barone et Friedrich Oehmichen, deux architectes paysagistes qui se sont consacrés à l’étude des graminées, parmi lesquelles on compte 9000 espèces. L’herbe bleue, le roseau, le ruban de bergère: voilà quelques-unes des 150 graminées que l’on retrouve dans l’ouvrage. Les auteurs ont choisi les espèces en fonction de notre zone de rusticité, et leurs photographies couleur, très inspirantes, permettent de voir l’effet que donnent les différents arrangements dans le jardin. Une idée originale. Éd. de l’Homme, 2001, 203 p. (P. N.)