D'où venons-nous? Où allons-nous? : Le passé recomposé
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D’où venons-nous? Où allons-nous? : Le passé recomposé

La collection Trait d’union, au sein de laquelle paraît D’où venons-nous? Où allons-nous?, de Marc Angenot, est une création du magazine Spirale, dont le plus récent numéro affiche une présentation revampée. Belle occasion de souligner des contributions significatives à la vie intellectuelle de ce petit coin de pays.

La collection Trait d’union, au sein de laquelle paraît D’où venons-nous? Où allons-nous?, de Marc Angenot, est une création du magazine Spirale, dont le plus récent numéro affiche une présentation revampée. Belle occasion de souligner des contributions significatives à la vie intellectuelle de ce petit coin de pays.

Marc Angenot n’est pas un penseur reposant. Ses publications sont d’une érudition qui rebutera ceux et celles qui sont en quête de prêt-à-penser, et on en sort avec plein de lézardes dans les idées reçues.

D’où venons-nous? Où allons-nous? prend pour point de départ la pléthore d’essais qui ne cessent de clamer la fin des idéologies, la fin du socialisme, la fin du politique, voire la fin de l’histoire! Afin de comprendre les raisons d’être de cette "vision crépusculaire du monde", Angenot nous invite à faire avec lui "un saut en arrière dans le XIXe siècle car c’est de lui, "siècle charnière", que sont venues toutes les idées progressistes et humanitaires qui ont traversé le XXe siècle, ce "siècle charnier"."

Pendant 200 ans, nous avons baigné dans un monde où le progrès semblait synonyme d’une forme de bonheur qui passait par l’amélioration des conditions de vie de l’ensemble des populations de la planète. On a désormais l’impression que ce même progrès est la cause de tous nos malheurs, et on s’en prend curieusement à ce qu’il en est sorti de meilleur: "Le programme néo-libéral ne cache pas son but, lequel est consubstantiel à la nature du capitalisme: ce but est le démantèlement de ces structures collectives couvertes par l’État providence et arrachées jadis par le mouvement ouvrier."

Contrairement à ce qu’elle prétend, la pensée post moderne ne propose pas de nouvelles perspectives, mais seulement un changement d’échelle: "Du point de vue des chasses aux sorcières récurrentes, […] notre discours social produit [encore] à tout va des monstres moraux et des boucs émissaires – tabagistes, terroristes, racistes et prédateurs sexuels – mais on peut remarquer qu’il n’ose plus les choisir chez les vrais puissants et les dominants dont il sent trop bien que la domination risque de ne pas finir."

L’avenir radieux que promettaient les grandes idéologies du progrès (entre autres le communisme) a souvent tourné au cauchemar. Sauf que ce n’est pas une raison pour ne plus se soucier de l’avenir. Ou pour sombrer dans une idéologie du ressentiment, dont le nationalisme est, selon Angenot, la "forme type", et qui se donne certes "un projet d’avenir, mais c’est un avenir pour les seuls "siens" et un avenir de "règlement de comptes" avec les divers antagonistes héréditaires."

Pour rendre justice à la démonstration d’Angenot, et afin de souligner les raccourcis argumentatifs qui la minent par moments, il faudrait plus d’espace qu’un chroniqueur peut en avoir dans les pages d’un hebdomadaire. Un espace comme celui du magazine Spirale.

Depuis plus de 20 ans, Spirale propose un lieu de réflexion à la croisée de l’actualité et de l’Université. On peut reprocher à la revue de verser parfois dans un jargon plus ou moins hermétique, et de donner trop d’échos aux Derrida et autres stars de la spéculation savantarde. Il reste que Spirale est un des rares périodiques d’ici où il se publie ce qu’il faut bien appeler des articles de fond: de véritables critiques, et non de simples recensions.

Le plus récent numéro de la revue est entre autres constitué d’un dossier qui, sous le thème de "Mémoire et culture", fait le point sur les récentes publications consacrées "l’histoire des idées au Québec". On y retrouve un solide échange entre Marc Angenot et Jocelyn Létourneau sur la place de l’histoire au pays du "Je me souviens". Micheline Cambron y signe un commentaire sur le 15 février 1839, de Falardeau, qui parvient presque à nous convaincre que le film n’a pas que des défauts. Et Louis Bélanger souligne les heureuses hérésies idéologiques qui parsèment le pamphlet de Daniel Poliquin sur Le Roman colonial.

En plus d’être une revue, Spirale est donc désormais un éditeur, qui se spécialise dans la publication d’essais. D’où venons-nous? Où allons-nous?, quatrième ouvrage à y voir le, est publié de pair avec un texte de Michaël La Chance, Les penseurs de fer: une écoute critique du chant des sirènes de la cyberculture.

Spirale et ses collaborateurs se situent certes un peu en retrait de l’actualité culturelle la plus immédiate; ils nous offrent ainsi la possibilité de prendre un peu de recul. On a de moins en moins souvent cette chance: il faut s’empresser de la saisir quand elle passe!

D’où venons-nous? Où allons-nous?
La Décomposition de l’idée de progrès
par Marc Angenot
Éd. Spirale, coll. Trait d’union, 2001, 180 p.

Spirale
Arts, lettres, sciences humaines
Dossier: Mémoire et culture. L’histoire des idées au Québec
Inédits de Claude Gauvreau
No 180, septembre-octobre 2001

D'où venons-nous? Où allons-nous?
D’où venons-nous? Où allons-nous?
Marc Angenot

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