Des petits fruits rouges : Yolande Villemaire
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Des petits fruits rouges : Yolande Villemaire

On le sait depuis son entrée remarquée dans le monde du roman, en 1980, avec La Vie en prose: Yolande Villemaire réussit à être simple sans faire trop simpliste, à raconter plusieurs histoires sans que ça s’embrouille, à divaguer sans paraître trop complètement flyée.

Des petits fruits rouges

de Yolande Villemaire

On le sait depuis son entrée remarquée dans le monde du roman, en 1980, avec La Vie en prose: Yolande Villemaire réussit à être simple sans faire trop simpliste, à raconter plusieurs histoires sans que ça s’embrouille, à divaguer sans paraître trop complètement flyée.

On sait aussi, particulièrement depuis un séjour en Inde qui lui aura permis d’écrire son roman précédent, Le Dieu dansant (qui remonte déjà à 1995), que l’introspection est sa tasse de thé. La voilà de retour avec Des petits fruits rouges, livre qui fait le portrait d’un des personnages nés de son tout premier roman. Une femme au nom plein de solitude et de dénigrement: Solange Therrien, baby-boomer qui enseigne la littérature dans un cégep du West Island.

"J’enseigne le français à des jeunes de vingt ans qui rêvent d’une bonne job steadée, d’une maison avec deux garages, de skidoos et de motomarines. Qui trouvent que ça va faire, La chasse-galerie d’Honoré Beaugrand – qu’ils prennent encore pour une station de métro -, et qui considèrent qu’il n’y a rien de mieux qu’un bon Stephen King, en anglais, pour goûter aux joies de la littérature. Qui écrivent: Marcel "pinta" le portrait de son chat Duplessis même si on les supplie de renoncer au passé simple depuis le début de la session."

Solange Therrien est mordante, à ses heures. On aurait envie de dire: quand elle va bien. Le plus souvent, on la trouve souffrant de sa fragilité intérieure, recroquevillée dans ses pensées, esseulée, priant pour une main tendue. "Comment mon père, le troisième d’une famille de dix-sept enfants, et ma mère, la troisième d’une famille de douze enfants, auraient-ils bien pu m’apprendre à prendre ma place, eux qui n’en ont jamais eue?"

Alors elle prend sa place en mettant bout à bout les heures de la journée. Elle raconte ses burn-out de professeur aux prises avec des étudiants passionnés par leurs résultats scolaires bien davantage que par l’objet de leurs études, et ses démêlés avec une administration qui n’a visiblement cure de rien. Elle parle de son ami Pierre, avec lequel, doit-on comprendre, elle partage assez régulièrement son lit, un peu de sa vie, l’amitié, mais sans plus. Elle relate des morceaux de tout et de rien, nous entraînant ici dans une promenade à la campagne, là à une conférence, une lecture, une pensée, une inquiétude, une interrogation. L’énumération du train-train quotidien, quand bien même singulier lorsque l’on est, comme le personnage, une intellectuelle versée dans les choses ésotériques, n’arrive que rarement à surprendre. Sinon quand transpercent de-ci de-là de vraies affaires: histoires d’amours et de ruptures que se met alors à conter la narratrice avec un abandon de santé, si l’on peut dire une telle chose. Mais le manque d’inventivité blesse. Et que Solange Therrien mette plus ou moins le doigt sur ses bobos ne rend malheureusement pas plus prenante sa vie en prose.

Éd. XYZ, 2001, 260 p.