Le Cheval habillé de bleu : Guylène Saucier
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Le Cheval habillé de bleu : Guylène Saucier

Après neuf années de silence romanesque, l’auteure (La Sarabande, 1992) et peintre Guylène Saucier a composé un tableau minimaliste et atmosphérique. Son bref roman déploie une écriture très maîtrisée, des phrases lapidaires gardées par de courts chapitres.

Le point de départ du Cheval habillé de bleu est de ceux qui ont l’art de happer un lecteur. Vingt ans après avoir perdu sa trace, un médecin revoit, au hasard d’un congrès à Palm Beach, un peintre qu’il a connu jadis, Jacob. Cette vision ressuscite une histoire qu’il n’avait jamais oubliée, et qu’il se sent aujourd’hui tenu d’écrire. "(…) j’évoque des souvenirs d’un temps perdu, et à chaque minute, je me dis que ce n’était pas mon drame, que dans cette histoire, je n’étais personne."

Cette histoire, c’est celle que Robert a vécue à 17 ans, à la suite de sa rencontre avec Jacob et sa maîtresse, la belle Irène. Un couple aussi compliqué qu’intense, bientôt séparé par on ne sait trop quel drame. Irène et l’adolescent qui en est amoureux vont traquer le peintre ténébreux, disparu sans explication, jusqu’à une petite masure sur la plage de West Palm Beach. En vain.

Irène ne s’est jamais remise de la perte de son amant. Le narrateur n’a jamais oublié Irène. Deux décennies plus tard, recommence un jeu du chat et de la souris entre Robert et cet homme qui le fascine, le trouble et l’effraie. L’heure des explications a peut-être sonné…

Après neuf années de silence romanesque, l’auteure (La Sarabande, 1992) et peintre Guylène Saucier a composé un tableau minimaliste et atmosphérique. Son bref roman déploie une écriture très maîtrisée, des phrases lapidaires gardées par de courts chapitres. Méticuleusement construit, Le Cheval habillé de bleu préserve ses mystères entre les lignes. Le vouvoiement de la narration – destinée à Jacob – opère habilement, marquant la distance du narrateur avec un personnage dont la personnalité insaisissable forme le noeud de cette histoire baignant dans un flou identitaire délibéré.

Avec pour principal indice une toile inachevée – qui donne d’ailleurs son nom au roman -, Le Cheval habillé de bleu joue sur les perceptions, racontant ultimement l’histoire tragique d’un homme qui a bâti son mythe sur une vision erronée des événements.

Le récit nous garde sur le qui-vive presque jusqu’à la fin, même s’il ne tient pas toutes ses promesses. À mesure qu’ils se dévoilent, les éléments de l’intrigue apparaissent somme toute assez banals. Peut-être aussi parce que les dialogues et monologues sonnent moins vrai que le reste de la narration.

Mais dans ce jeu de la vérité et du mensonge qui se trame entre Robert et Jacob, tout ne sera pas révélé. Le roman conserve une part de l’ambiguïté qui, avec son climat rigoureusement distillé, en fait tout l’intérêt.

Éd. Leméac, 2001, 118 p.