Pourquoi le Brésil? : de Christine Angot
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Pourquoi le Brésil? : de Christine Angot

Angot. Ça se prononce à la dure. Comme dans Angoisse. Et les lecteurs qui connaissent Sujet Angot, ou L’Inceste, savent que le grand A est de mise dans les romans de Christine Angot. Comme dans ce dernier ouvrage, Pourquoi le Brésil?, où la romancière raconte l’automne 2000, alors qu’elle quitte Montpellier pour vivre à Paris, et qu’elle sort son neuvième titre, justement intitulé Quitter la ville.

Angot. Ça se prononce à la dure. Comme dans Angoisse. Et les lecteurs qui connaissent Sujet Angot, ou L’Inceste, savent que le grand A est de mise dans les romans de Christine Angot. Comme dans ce dernier ouvrage, Pourquoi le Brésil?, où la romancière raconte l’automne 2000, alors qu’elle quitte Montpellier pour vivre à Paris, et qu’elle sort son neuvième titre, justement intitulé Quitter la ville.

Au menu, donc: la survie quotidienne d’une grande angoissée, avec qui la critique n’est pas tendre, et à qui l’amour ne réussit décidément pas. Comme elle l’écrit, avec la cruelle lucidité qui est la sienne: "Le premier malade que j’avais attiré ç’avait été mon père, et puis ç’avait été une longue liste."

Fin août 2000. La "Belle Léonore", à qui est dédié le livre, est partie vivre aux États-Unis jusqu’à Noël avec son père. Christine Angot passera les quatre prochains mois à Paris. C’est peu de dire qu’elle est angoissée. Elle ne tient qu’à un fil.

"Il m’aurait fallu une prise en charge totale. Il aurait fallu que quelqu’un me dise: tu vas faire ça, et ensuite tu feras ça, et là ça, tu vas aller là, et puis ensuite là, voilà, voilà ce qu’il aurait fallu. J’avais besoin de ça. J’avais décidé de donner un dernier coup de collier en m’installant à Paris, en faisant tout ce qu’il faut le plus correctement possible, et puis après, si c’était toujours pareil, alors là oui je m’effondrerais."

Il se trouve que son emploi du temps n’est pas de tout repos. D’abord trouver un appartement à Paris. Puis faire la promo du livre: une entrevue avec Pierre Louis Rozynès, le rédacteur en chef de Livres Hebdo, le 30 août; puis une lecture publique devant 700 personnes, le 13 septembre; puis Bouillon de culture le 22…

"Le 22 arrive. J’étais dans un état très précaire. (…) Quand on est comme ça, et qu’on en est conscient, c’est effrayant, parce qu’on sait, on connaît ses besoins, et quand à l’horizon on ne voit pas comment on va se renouveler, quand on voit d’un autre côté l’affluence d’efforts qui s’annoncent, d’épreuves, qu’on se sait déjà plus qu’à bout, et qu’on sait qu’au fond du réservoir il n’y a plus que trois gouttes, oui c’est panique à bord."

Ça va tout de même.

Arrive le 26 septembre. Elle sort dîner avec Pierre Louis Rozynès, et elle en tombe follement amoureuse.

Le fait qu’il s’appelle Pierre, comme Pierre Angot, le feu papa, n’est pas pour nous rassurer. D’ailleurs, tout indique que ça fera long feu.

"Dès la première nuit avec moi, en partant, d’abord en partant, et ensuite en me retrouvant, après m’avoir embrassée, il s’était arrêté un temps, pour me dire, comme on annonce un événement rare: là, j’ai une émotion. Chez lui qui était blindé tout le reste du temps, c’était inattendu, bizarre."

Le 12 octobre, Christine Angot passe chez Ardisson. C’est la catastrophe. Incapable de parler, convaincue qu’on veut avoir sa peau, elle quitte le plateau.

"À partir du lendemain j’allais enclencher des mois d’impuissance à écrire. Qui allaient foutre ma vie en l’air."

Roman sans chapitres, aux phrases courtes, hachurées, paniquées, Pourquoi le Brésil? raconte Christine Angot par les tripes; c’est comme ça tout du long, sans dentelle, c’est poignant, et c’est la preuve que Christine Angot retrouve toujours l’énergie d’écrire.

Et ça, il faut que ça dure. Stock, 2002, 222 p.

Pourquoi le Brésil?
Pourquoi le Brésil?
Christine Angot