Les Baldwin : Style libre
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Les Baldwin : Style libre

Ce n’est pas véritablement un roman, ni un recueil de nouvelles et encore moins de la poésie. Mais c’est tout ça à la fois. Nous sommes sur le terrain de l’écriture littéraire qui n’a que faire des étiquettes et des genres, plus pratiques pour le critique et le libraire (il faut bien le placer quelque part, ce livre!) que pour le lecteur qui n’a qu’à s’abandonner.

Vous ne vous y retrouvez pas? Pas étonnant, je vous en donne peu car l’œuvre appelle d’autres sens. Faut pas chercher, mais plonger. En somme, le livre est fragmenté, découpé à la manière d’un recueil de nouvelles, mais son contenu s’avère plus organique encore que celui de la plupart des romans. Il ressemble à une boule de digressions roulant dans l’allée du rêve. Un seul et même rêve, complexe par sa structure d’une rigueur formelle et naïf par cette voix qui s’autorise toutes les libertés et les détours au charme enfantin. On se retrouve parfois dans un moment d’hyperréalisme, pour basculer à la seconde dans le fantastique ou encore dans une science-fiction de type The Day After.

"Migwash partait pour le travail dès que la sirène déchirait la nuit. Il était chef d’équipe au site d’enfouissement de Ruthville. Ses collègues l’appelaient Mig, mais sa petite amie, s’il en avait eu une, l’aurait plutôt appelé Migwasha." Ce début de chapitre décrit bien l’objet de création dont il est question: on a une entrée en matière réaliste ouvrant de manière rigolote une porte aux possibles avec "s’il en avait eu une". Mais ce qu’il faut savoir, c’est que le paragraphe suivant amène Migwash à se pencher brusquement et passionnément sur l’univers d’une fourmi! Déroutant à souhait, le livre se savoure grâce à une écriture magnifique qui donne à lire une imagination époustouflante. Tout se tient et, à la fois, tout se prête aux jeux de l’absurde. Le plus déconcertant, c’est que le monde des Baldwin est présenté comme un monde ce qu’il y a de plus normal. Un ton qui rappelle indéniablement le génie de Kafka… Mais au fait, n’est-ce pas une adaptation du Procès signée Serge Lamothe qui sera montée au TNM la saison prochaine?

Après sa remarquable trilogie romanesque (La Longue Portée, La Tierce Personne et L’Ange au berceau), Serge Lamothe se permet l’exploration d’un univers onirique loufoque mais inexplicablement crédible. Il faut seulement abandonner les grilles de lecture et se laisser aller à l’ivresse de l’imagination. Prêt pour l’expérience Baldwin?

Les Baldwin
de Serge Lamothe
Éd. L’instant même
2004, 126 p.

Les Baldwin
Les Baldwin
Serge Lamothe

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