

John Ward : Pierre qui roule
Celles et ceux qui s’étaient laissé ensorceler par Le Secret de l’alchimiste, de John Ward, prendront plaisir à lire la suite des aventures d’Hélène et Jake. Mais attention! Le voyage est chaotique.
Christine Fortier
S’il était possible de savoir ce qui se passe dans la vie (ou dans la tête) d’un romancier entre deux publications, on ferait peut-être une tout autre lecture de ses livres. En fait, on serait peut-être plus indulgent. Prenons par exemple La Pierre du chagrin, de John Ward. Après une entrée en matière mystérieuse et intrigante, dans laquelle on assiste à la mise à mort du sorcier Albanus et au vol de la fameuse pierre du chagrin, l’écrivain écossais revient subitement au temps présent et entreprend d’expliquer ce que sont devenus Hélène, Jake et Gérald de Havilland (le père d’Hélène) depuis qu’ils ont mis la main sur la machine de l’alchimiste, un an plus tôt. Ce faisant, celui qui a abandonné en 1999 son travail de professeur d’anglais pour se consacrer à l’écriture met brusquement fin au climat qu’il avait installé dans les premiers chapitres. En passant d’une époque à l’autre, il met le doigt dans un engrenage d’événements difficiles à suivre et à comprendre, même si on réalise plus tard qu’ils ont pour but de mettre en place les éléments qui constituent le noyau du roman.
Autrement dit, le principal défaut de la seconde partie de la trilogie Le Destin de la pierre n’est pas directement lié à l’histoire, mais à sa structure. La Pierre du chagrin est constitué d’une ambitieuse intrigue, que John Ward parvient difficilement à faire fonctionner en début de course. Puis, une fois que les principaux morceaux du casse-tête sont en place, l’histoire déboule à grande vitesse et les rebondissements s’enchaînent avec précision. Pour être plus précis, le roman prend sa vitesse de croisière quand Hélène rejoint Jake chez lui par surprise. C’est alors le début d’une nouvelle aventure, à la fois palpitante et dangereuse, pour les adolescents qui posent également un regard différent sur leur amitié, jusque-là innocente. Formeront-ils éventuellement un couple? L’idée leur frôle l’esprit, mais reste en filigrane des péripéties peuplées de créatures étranges et de visions dantesques, qui retiennent leur attention.
Une fois la machine de l’alchimiste (retrouvée dans Le Secret de l’alchimiste) reconstituée, Gérald part à la recherche du morceau manquant: la pierre du chagrin. Il compte ensuite s’enrichir en vendant la machine et la pierre, qui forment une machine d’une puissance dangereuse, au sorcier Draganu. Mais voilà, les intentions de Draganu sont loin d’être pures et il revient à Hélène et Jake de l’arrêter avant qu’il ne soit trop tard. Après quelques détours à Londres et Paris, les voilà rendus à Istanbul, où leur destinée se jouera en une fraction de seconde.
Malgré une épopée en dents de scie et quelques expressions françaises qu’on n’utilise pas au Québec ("[…] j’ai tout de suite eu l’impression de l’avoir déjà vu quelque part, sans arriver à le remettre", page 127), La Pierre du chagrin vaut le détour. Il s’adresse par contre davantage aux jeunes adultes et aux adultes qu’aux adolescents, qui auront peut-être de la difficulté à tout comprendre. Le troisième et dernier titre de la trilogie est prévu pour l’automne 2005.
Le Destin de la pierre, tome 2 – La Pierre du chagrin
de John Ward
Éd. La courte échelle
2004, 320 p.