Valérie Banville : Arrêt sur image
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Valérie Banville : Arrêt sur image

Le premier roman de Valérie Banville porte sur l’univers des cosmétiques, qu’on s’imagine d’emblée superficiel. Or, dans Canons, l’auteure s’intéresse au côté sombre de la  médaille.

On le voit chaque semaine dans des émissions comme Extreme Makeover et The Swan – où on refait ce qui n’est pas parfait et remonte tout ce qui descend à coups de scalpel -, la quête de la jeunesse éternelle ne laisse personne indifférent, peu importe qu’ultimement, on soit perdant. Par l’entremise de Canons, Valérie Banville s’attaque donc à un sujet d’actualité de manière prévisible, mais avec finesse. On pourrait aussi lui reprocher de le faire avec superficialité – et par la bande de renforcer quelques clichés -, mais ses personnages sont tellement réalistes et poignants qu’on se laisse facilement toucher par le drame de Catherine Montreuil, une belle femme d’affaires forcée d’affronter ses démons: comment convaincre sa clientèle d’acheter des produits de beauté sensés prévenir la vieillesse si l’on ne projette pas soi-même le rêve que l’on vend?

Une question difficile, surtout lorsque comme Catherine Montreuil, on est la fondatrice d’un respecté empire de produits de beauté (impossible de ne pas penser à Lise Watier!). Évidemment, son dilemme – doit-elle ou non succomber à la pression sociale et se faire remodeler le visage? – ne fait que mettre en relief d’autres conflits, plus profonds et complexes à guérir. Ils remontent à la surface à la suite de l’hospitalisation de sa cadette, Alex, qui souffre d’anorexie. Durant la thérapie qui s’ensuit, Alex se souvient du cauchemar qu’elle a vécu enfant, lorsque son père venait la visiter dans sa chambre, quand il croyait tout le monde endormi. Forcée de reconnaître ce qui s’est passé pour s’en libérer, Alex en demande autant de la part de sa mère. Catherine préfère toutefois se jeter dans le travail et les amours impossibles que d’admettre la triste réalité. Jusqu’à ce que l’échec d’une chirurgie plastique la force à s’arrêter pour faire le bilan de sa vie.

Même si elle n’aborde pas la question en profondeur, Valérie Banville pose un regard critique sur l’univers de la beauté. Canons est d’autant plus réussi que l’écrivaine, qui a travaillé comme comédienne, collaboré au magazine Coup de pouce et écrit des pièces de théâtre, est parvenue à tisser une intrigue légère mais efficace tout en soulevant avec tact un problème de société troublant.

Canons
de Valérie Banville
Éd. de la courte échelle, 2005, 288 p.