Gilles Gougeon : Passeport international
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Gilles Gougeon : Passeport international

Gilles Gougeon démontre une fois de plus que souvenirs de reporter et imagination foisonnante peuvent faire un fabuleux ménage. Entretien.

C’est à la suite de reportages en Ouganda, en 1992, que le journaliste et homme de télé bien connu Gilles Gougeon a, pour la première fois, eu l’intention sérieuse d’écrire un roman. "Je me disais: la situation que je viens d’observer dans le village de Katchanga, où ne reste plus qu’un adulte vivant parmi des enfants et des grands-mamans, ça va bien au-delà de ce que j’ai pu montrer comme journaliste." Dès lors, une idée allait patiemment faire son chemin, et Katchanga, qui succède aux titres à succès Taxi pour la liberté (1999) et Catalina (2002), est pour ainsi dire le fruit de ce qui fut son premier projet d’écriture.

Le roman qui paraît cet automne hurle bien sûr le drame du sida en Afrique, mais a eu le temps de devenir un objet très ramifié, qui nous promène de San Francisco à Mumbay, en Inde, et réunit une galerie de personnages provenant des quatre coins du monde. "Je ne voulais pas écrire un roman sur la mort, et j’ai cherché longtemps un angle pour aborder ce récit dans une perspective plus large. J’ai finalement eu le temps d’écrire deux autres romans avant de trouver cet angle!" Il aura fallu une étincelle, en effet, sans mauvais jeu de mots: "Cette étincelle, ç’a été l’explosion de Columbia, en 2003. Tout s’est alors mis en place, assez rapidement."

Katchanga s’articulera donc autour d’une mission top secrète, celle de Greg Robertson, engagé par la NASA pour retrouver la boîte noire de la navette, dont on présume dans l’histoire qu’elle est tombée sur le territoire ougandais. Va se mêler à tout ça le phénomène du "outsourcing", qui amène des milliers de jeunes Indiens maîtrisant l’anglais à travailler dans des centres téléphoniques conçus pour faire économiser les entreprises nord-américaines, en matière de service après-vente, par exemple. La jeune Nisha, qui travaille dans l’un de ces centres pour une certaine compagnie nommée Golden Card et ne rêve que d’Amérique, verra en Greg, un "client" qui voyage beaucoup, une voie possible vers le Nouveau Monde. Tout est en place pour un enchevêtrement d’aventures et d’amours impossibles; une spirale haletante où de douloureux secrets personnels seront percés à jour un à un.

DÉFORMATION PROFESSIONNELLE

En fait, c’est à un choc des cultures à hauteur d’homme que nous convie Gilles Gougeon, lui qui observe depuis longtemps comment se traduisent au quotidien les grands bouleversements du monde. "Jamais n’a-t-on vu, dans l’histoire de l’humanité, autant de gens circuler librement d’un pays à l’autre. On ne peut plus se replier sur soi et prétendre qu’on ne vit que sur sa propre petite planète. Et plus on est confronté à l’étranger, plus on doit se définir soi-même. Je suis très sensible à ça, et c’est là que toute la question de l’identité apparaît dans mes romans."

Il va sans dire que le Gilles Gougeon romancier bénéficie d’un bagage tout à fait singulier. "C’est vrai que mon métier de reporter international m’a beaucoup amené à voir la planète comme un grand village, et j’ai souvent été aux premières loges, durant les 20 dernières années, pour constater l’abolition des frontières." Mais comment faire de la fiction à partir de cette matière longtemps traitée de la façon la plus objective possible? "Un journaliste, c’est un spécialiste de l’ignorance. Quelqu’un qui ne sait rien et qui, découvrant un fait, le vérifie et, si c’est d’intérêt public, le raconte à tout le monde. Dans un endroit où il n’est jamais allé, il devient une forme d’éponge intelligente, qui ne rendra ensuite qu’une petite partie de ce qu’elle a assimilé, dans un cadre bien précis. Or il peut conserver le reste en lui, et le voir resurgir dans un autre contexte. C’est ce que j’ai l’impression de vivre comme écrivain…"

Katchanga
de Gilles Gougeon
Éd. Libre Expression
2005, 344 p.

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