Guy Delisle : Journal d'Orient
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Guy Delisle : Journal d’Orient

Guy Delisle nous surprend avec un troisième carnet de voyage au regard tendre et ironique: Chroniques birmanes.

Deux premiers albums autobiographiques, Shenzhen (2000) et Pyongyang (2003), nous avaient fait découvrir ce créateur au parcours atypique qu’est Guy Delisle. Né au Québec, l’auteur installé en France oeuvrait à l’époque pour des studios de dessin animé qui confiaient à une main-d’oeuvre asiatique le layout et l’animation de séries télé appréciées par les petits Occidentaux. Envoyé pour superviser ces travaux de sous-traitance en Chine puis en Corée du Nord, Delisle en était revenu avec une multitude d’anecdotes qu’il réunissait ensuite en bande dessinée, vieille passion qui ne nourrissait pas encore son homme.

Chroniques birmanes se situe à la fois en rupture et en continuité avec ces deux premiers opus. Tandis qu’il s’était rendu seul à Shenzhen et à Pyongyang où la majeure partie de son temps était consacrée au travail, Delisle, qui a entre-temps délaissé le cinéma d’animation, se rend cette fois au Myanmar en tant que conjoint de Nadège, administratrice pour Médecins Sans Frontières, et avec leur jeune fils Louis dont il doit s’occuper. C’est par ailleurs à Rangoun, capitale contrôlée par la junte militaire du généralissime Than Shwe, que le jeune père au foyer dessine en partie son nouvel album. Fréquentant durant toute l’année de son séjour autant les privilégiés de la communauté internationale que la population birmane (voisins, malades, personnes âgées, dessinateurs à qui il enseigne la BD une fois par semaine), Delisle se montre conscient tant de l’ampleur que des limites de son regard.

Si le contexte personnel a changé, modifiant sensiblement le point de vue d’un créateur davantage tolérant à la culture locale, l’oeuvre dégagera une étonnante familiarité pour ceux qui ont fréquenté les premiers albums de Delisle, celui-ci se retrouvant une fois de plus en Asie dans un pays aux prises avec une dictature. Les multiples absurdités et problèmes pratiques que cela engendre au quotidien sont illustrés par de savoureuses scénettes tragicomiques (dont quelques intermèdes muets très efficaces), mais aussi par de larges séquences apparentées au reportage dans lesquelles l’auteur rend compte de la peur exercée par un État indifférent à la rapide propagation du sida sur son territoire et à la consommation d’héroïne chez des familles entières. Indigné mais impuissant devant les injustices de ce régime totalitaire, Guy Delisle s’emploie essentiellement à les transcrire grâce aux armes en apparence inoffensives que sont l’humour et la bande dessinée.

Chroniques birmanes
de Guy Delisle
Éd. Delcourt, coll. "Shampooing"
2007, 263 p.

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