Sylvain Lemay et André St-Georges : Jours du souvenir
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Sylvain Lemay et André St-Georges : Jours du souvenir

Les bédéistes Sylvain Lemay et André St-Georges publient Pour en finir avec novembre, un grand baptême du roman graphique dont l’action se situe en Outaouais. Cette publication est le fruit mirifique d’innombrables 5 à 7 dans des cafés que son lectorat ne connaît que trop bien.

Sylvain Lemay enseigne la scénarisation à l’Université du Québec en Outaouais et dirige l’ÉMI, l’École multidisciplinaire de l’image, chef de file au Québec en matière de bande dessinée. Jusqu’à tout récemment, Lemay travaillait sur sa thèse de doctorat, portant sur la bande dessinée québécoise des années 70. Un bonze, quoi. André St-Georges, lui, est une étoile montante au sein du studio coopératif Premières Lignes, maison d’édition outaouaise spécialisée en bande dessinée où il publia ses premiers dessins peu de temps après avoir obtenu son diplôme de l’ÉMI en 2003.

Ensemble, Lemay et St-Georges signent Pour en finir avec novembre, un premier roman graphique publié aux Éditions Les 400 coups. Si la jolie jaquette bleu marine porte peu d’indications à propos des rôles bien définis que les deux artistes ont joués dans cette oeuvre, on devine que le récit, truffé de références politiques, culturelles et régionales, a été mariné avec circonspection dans le cerveau de Lemay et que les dessins sont issus du crayon candide de St-Georges. Rencontré au pavillon Lucien-Brault de l’Université du Québec en Outaouais, le duo affirme plutôt avoir tenu à ce que cette oeuvre – premier volet d’un triptyque, d’après ses auteurs – soit le parfait reflet de la rencontre entre deux frères de plume.

Voir: Sylvain, sachant que vous avez enseigné à André, on peut se demander à quel moment la dynamique mentor/apprenant a pris fin entre vous.

Sylvain Lemay: "Je tenais absolument à faire affaire avec quelqu’un de l’Outaouais, pour pouvoir vivre une vraie situation de travail à deux. Ça aurait été facile de "shipper" mon scénario à un dessinateur à Montréal, mais le résultat aurait été vraiment différent. Quand j’ai fait appel à André, je savais qu’il était assez fort pour passer outre le fait que j’ai déjà été son professeur. Je me doutais bien qu’il allait apporter bien des changements positifs au scénario, alors que moi, j’ai participé au découpage. J’aime bien la couverture, qui ne spécifie pas qui joue quel rôle, c’est qu’on a occupé tous les deux autant les rôles qu’on attribue habituellement au scénariste qu’au dessinateur."

André St-Georges: "C’est sûr que le fait qu’un de mes anciens profs vienne me proposer un tel projet, ça fait un velours. Il ne m’est jamais arrivé de sentir que j’étais l’élève et qu’il était le maître. Loin de là."

Voir: Pour en finir avec novembre débute avec une scène qui se déroule en pleine crise d’Octobre. Pourquoi avoir choisi un tel événement?

S.L.: "Mon idée de départ, je l’ai eue après avoir visionné le film Octobre de Pierre Falardeau en 1994. Cette année-là, j’avais 25 ans, et de voir qu’un groupe de jeunes entre 19 et 27 ans puisse enlever quelqu’un d’aussi important par pures convictions politiques me fascinait. J’ai décidé de le revisiter en 2008, en le situant en Outaouais. Ça faisait, à ce moment, neuf ans que j’étais dans la région, donc je trouvais important de situer les personnages et l’histoire ici. Et avec André à mes côtés, ça a été vraiment plaisant de voir nos lieux communs: le 4 Jeudis, les Promenades de l’Outaouais, la colline du Parlement."

A.S.: "Je suis originaire de la région, j’y ai toujours vécu. Ma mère, elle, a vécu la crise d’Octobre en Outaouais; c’est clair qu’il y avait des militaires dans la région, sur la colline du Parlement. Ça devait être un climat pas évident. C’était donc un exercice tout à fait cool que de se plonger dans l’histoire de ma région."

Voir: Avec son mélange de faits historiques, de lieux archiconnus de la région et de fiction, le livre fait complètement oublier au lecteur où se situe la ligne entre la réalité et la fiction.

S.L.: "Tout est fiction. Dans la ligne du temps, les personnages évoluent au Québec de 1970 à 1996, donc on ne peut pas faire abstraction de ce que la nation a vécu au fil de ces années. Oui, la frontière entre fiction et réalité, elle est très mince. Parce qu’en faisant évoluer des personnages dans des lieux si connus de la région, on aurait bien pu les croiser aux 4 Jeudis, d’où le clin d’oeil qu’on a proposé en nous incluant à la toute fin du livre."

A.S.: "Pour arriver à être crédible dans mes dessins, j’ai dû effectuer une recherche. Par exemple, le complexe du Portage a été érigé peu après la crise d’Octobre, donc il fallait que j’y porte une attention particulière dans mes dessins."

S.L.: "Une fois que mon récit a été complété, je l’ai fait réviser par plusieurs personnes de la région, dont l’auteur Raymond Ouimet, qui m’a suggéré quelques modifications nécessaires à la justesse du récit. On avait l’intention de les mettre en scène à l’hôtel Bank, rue Eddy, mais Ouimet nous a conseillé de choisir plutôt Chez Barbe, un endroit qui convenait mieux à notre groupe marxiste-léniniste."

Voir: Si les références culturelles et politiques sont universelles, il n’en reste pas moins que le récit aborde des thèmes plus personnels, comme les relations de couple ou la mort.

S.L.: "Mon père est décédé en 2003; je commence à réfléchir à la mort, c’est vrai. Parfois, je me surprends à lire la rubrique nécrologique du journal Le Droit et à voir que certaines des personnes décédées étaient plus jeunes que moi. Écrire un roman graphique comme Pour en finir avec novembre, c’est exposer quatre personnages à des concepts différents, comme celui de la mort. Notre vision de la mort – comme celle du couple – change avec le temps et est en relation parfaite avec l’évolution de nos personnages."

Pour en finir avec novembre
de Sylvain Lemay et André St-Georges
Éd. Les 400 coups, 2010, 165 p.

Pour en finir avec novembre
Pour en finir avec novembre
Sylvain Lemay et André St-Georges
Éditions Les 400 coups

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