Biographie non autorisée de Bernard Lavilliers : Le principe de l'éponge
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Biographie non autorisée de Bernard Lavilliers : Le principe de l’éponge

Parfois corrosive, cette biographie non autorisée de Bernard Lavilliers soulève avec pertinence la question du duel rêve/réalité et celle, cruelle, du plagiat littéraire.

En 2009, un article du Nouvel Observateur secoue la France. Après enquêtes, la journaliste Sophie Delassein affirme que Pierre Perret ne serait qu’un affabulateur et un copieur. En plus de s’inspirer fortement d’auteurs méconnus, il n’aurait jamais, contrairement à ce qu’il raconte depuis des années, rencontré Paul Léautaud. Perret a alors menacé de poursuites judiciaires, perdant une grande partie de son capital de sympathie.

C’est ce qui pourrait arriver à Bernard Lavilliers avec la parution des Vies liées de Lavilliers par le journaliste spécialisé en chanson Michel Kemper. Déjà le chanteur a promis, dans une entrevue, de lire l’ouvrage en compagnie de ses avocats. À la blague? Pas sûr. Même si on se doutait bien de sa mythomanie et qu’on avait eu vent de ses "emprunts" littéraires, rassembler tout ça en 350 pages, c’est un choc.

Kemper prend assurément plaisir à déboulonner la statue du chanteur, dont il connaît l’oeuvre sur le bout des doigts. À quelques endroits, on frise la mauvaise foi: la condamnation a lieu avant l’exposition des faits. À l’image de son sujet, le biographe ne craint pas d’utiliser une écriture grandiloquente. C’est toujours passionnel, parfois sarcastique. Il faut dire que Kemper voulait écrire sa bio à quatre mains avec l’artiste. Ça ne s’est pas fait et on sent un désir de vengeance.

Néanmoins, voici le livre de référence sur Lavilliers. Acharné, Kemper a fait une enquête remarquable, réunissant des tas de documents, parlant à plusieurs proches. Les légendes tenaces s’écroulent: non, Lavilliers n’a pas été boxeur professionnel, ni en maison de redressement ni au Brésil dans les années 60. Inventions. Plus grave, le chanteur est allé régulièrement puiser dans les textes de ses auteurs favoris (Cendrars, Baudelaire, etc.) sans citer ses sources, même quand on le prend la main dans le sac. On crie au plagiat, il rétorque que c’est sa culture littéraire qui reflue inconsciemment. Une éponge qui, par la qualité de son nouvel album Causes perdues et musiques tropicales, parvient presque à nous faire oublier ses dernières mésaventures.

Les vies liées de Lavilliers
de Michel Kemper
Éd. Flammarion, 2010, 385 p.

Les vies liées de Lavilliers
Les vies liées de Lavilliers
Michel Kemper
Flammarion

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