Ne manquez rien avec l’infolettre.
Christian Quesnel / Salon du livre de l'Outaouais : Laisser parler les murs
Livres

Christian Quesnel / Salon du livre de l’Outaouais : Laisser parler les murs

Dans le roman graphique Coeur d’argile, l’auteur, bédéiste et invité d’honneur au Salon du livre de l’Outaouais Christian Quesnel dépeint les grandes histoires d’amour qu’ont abritées les murs de sa maison depuis sa construction.

On arrive à la maison Quesnel comme n’importe quel badaud le ferait quotidiennement, en passant par la courbe de la rue Principale de Saint-André-Avellin. Auguste, elle s’élève avec grâce parmi les constructions hirsutes (le dépanneur du coin, couvert de tôle d’aluminium) et les vestiges d’une ère révolue. Sur son seuil, son propriétaire, l’auteur et bédéiste Christian Quesnel, entreprend une visite impromptue de cette résidence qui semble porter en ses murs les secrets de générations entières. La première pièce, jadis les modestes quartiers de la bonne, s’avère petite, mais chaleureuse; l’espace se révèle désormais occupé par l’une des deux filles de l’auteur, comme en témoigne l’édredon pastel déposé sur le petit lit jumeau. La porte se ferme. Un étroit corridor bordé de somptueuses boiseries expose une pléthore de fugaces détails qui, telles des pattes d’oie sur un visage, trahissent l’âge vénérable de l’habitation. "Moi, je suis venu ici, dans la Petite-Nation, en vacances. La maison était à vendre. Oui, je cherchais à acheter quelque chose, mais c’était plus une idée que quelque chose de concret, à l’époque. Quand j’ai appelé pour la visite, j’ai su qu’elle appartenait à des Quesnel. On la vendait à un prix qui nous convenait. J’ai dit oui", explique l’auteur quand Voir lui demande par quelle sérendipité il a pu tomber sur cette maison qui viendra l’obséder pendant des mois.

Idées de ma maison

"Obsession" s’avère un réel euphémisme pour le bédéiste, qui mit dès lors en branle des recherches exhaustives d’archives qui s’étirèrent sur trois années et qui vinrent hanter ses mois passés à Londres, alors qu’il inaugurait le studio du Conseil des arts et des lettres du Québec. Une fois arrivés au troisième étage de la résidence – le studio de création -, Quesnel se livre: "Au départ, je voulais comprendre ce qui avait poussé des gens à bâtir cette maison. Quand j’ai compris qu’il s’agissait, de prime abord, d’une histoire d’amour, j’ai su qu’il fallait que je pousse ma recherche plus loin."

"Ce qui motive à passer autant de temps là-dessus, c’est peut-être la maladie mentale! blague-t-il. Non, c’est que j’essayais de comprendre la situation. Lionel Quesnel était un Canadien français qui vivait de façon aisée, mais qui avait des valeurs très simples. Ce que j’aimais avant tout, c’était de dévoiler cette époque [les années 30], parce qu’on s’imagine toujours que le Québec n’a commencé à exister qu’autour de la Révolution tranquille, ce qui est faux. Il y a toute une mythologie qu’on balance par la fenêtre."

Il était deux fois

Cour d’argile, tourbillon foisonnant de roman graphique, met en lumière le récit de deux générations de Quesnel. D’une part, les Quesnel initiaux, qui ont été marqués de façon indélébile par le décès de la matriarche, la douce Hélène, survenu deux mois seulement après l’emménagement de la grande famille dans cette même maison, laissant son mari Lionel dans une profonde tristesse de laquelle il ne se remettra jamais vraiment. De l’autre, les Quesnel nouveaux, Christian, sa blonde et ses filles, qui vivent, eux aussi, leur lot de préoccupations. Deux histoires d’amour que Quesnel oppose l’une à l’autre, brouillant constamment et délibérément, au gré de flash-back rêveurs et de mises en abîme, les repères littéraires entre le présent et le passé.

"Je crois que Lionel et Hélène habitent ces lieux en même temps que nous, dans une autre dimension. C’est la seule chose en laquelle je crois, la seule façon dont je peux expliquer toutes les coïncidences qui se sont dévoilées à nous au fil des mois. C’est comme ça que je peux expliquer l’histoire de ma fille Nausicaa et du père Paul", explique Quesnel en poursuivant son étrange récit.

À l’âge de trois ans tout au plus, la petite Nausicaa affirmait avoir un ami qui venait la voir dans son sommeil. Un jour, en voyant une photo de la famille Quesnel datant de tout près de 60 années, Nausicaa pointa le père Paul comme étant celui qui passait à travers les murs et le désigna hors de tout doute comme étant son "ami". Plus tard, Christian Quesnel apprit que Nausicaa habitait dans la même pièce que le père Paul utilisait pour se reposer lors de ses passages dans la famille.

Pourtant, malgré le statut souvent équivoque des situations dessinées, Cour d’argile dévoile un romantisme tel que le lecteur se voit rapidement chaviré par ce flot de sentiments virevoltants. Un grand romantique, ce Quesnel?

"Romantique est un mot tellement galvaudé de nos jours… Mais oui, je suis quelqu’un qui est foncièrement romantique. Ma blonde ne s’en plaint pas! [Rires.] Le romantisme, c’est le front de s’engager dans les projets à fond. Et c’est le cas pour Cour d’argile", conclut de façon posée le bédéiste.

Consultez le slo.qc.ca pour l’horaire des séances de dédicaces et des événements spéciaux auxquels Christian Quesnel participera.

Cour d’argile
de Christian Quesnel
Éd. Premières Lignes, 2011, 119 p.

À lire si vous aimez /
Les filles de Caleb d’Arlette Cousture, premiereslignes.ca, la série Lost