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Claude Auchu : Homme en quarantaine

Claude Auchu traverse le cap de la quarantaine dans une première bande dessinée au ton personnel et humoristique.

Quarante ans: espérance de vie moyenne de l’homme africain, mitan de l’existence pour l’homme occidental. Chez plusieurs, la période est propice au questionnement, au bilan, voire à un nouveau départ que Claude Auchu, graphiste et publicitaire montréalais au sommet de sa carrière, a justement choisi d’illustrer par le biais d’un art où il fait ses premiers pas: la bande dessinée. Roman graphique aux accents autofictionnels, Une année en quarantaine met donc en scène le regard d’un homme sur ce moment de "transition" qui lui donne l’étrange impression de se présenter à une "douane" séparant l’avant de l’après.

À l’instar également de l’équinoxe de mars, ce temps de l’année où l’on ne sait plus trop comment s’habiller, la quarantaine apporte son lot de remises en question, qu’il s’agisse du premier régime, de la première souscription à une assurance-vie ou de la réévaluation de son système de valeurs. Entre deux anniversaires, le héros d’Auchu se dit qu’il peut encore donner un sens à son existence, tandis que sa compagne vit le deuil de son père, qu’une première amie se bat contre le cancer et qu’il commence à fréquenter les centres d’accueil où une partie de la famille loge désormais. Heureusement, il y a l’amour du fils qui, lui, vient d’atteindre sa dixième année.

Porté par le beau travail éditorial des Intouchables, l’album plaît par le trait minimaliste, le dessin aéré, voire libéré (la plupart des planches ne comportant pas de cases) et offrant de beaux dégradés de gris et de turquoise. La souplesse du graphisme y rejoint celle d’un propos ouvert, posant des questions sans prétendre offrir de réponses, le tout empreint d’un doux sarcasme (il faut voir l’amusant "diagramme d’effervescence des jeudis soir" qui affiche une baisse constante au fil des ans…). L’oeuvre se donne ainsi à lire à partir de cette unité de temps qui permet l’ampleur du propos ainsi que la diversité des lieux représentés: de Montréal à la Mauricie, en passant par les routes américaines parcourues à moto durant les vacances.

Contrairement à ce que prétend facilement un critique de La Presse qui qualifie la quarantaine de "sujet éculé", il s’agit pour Claude Auchu (et à l’image de ce qu’ont fait avant lui d’autres écrivains et cinéastes) de montrer ce que cette période charnière peut receler chez l’individu en termes de réflexion plus large sur le travail, la famille, les voyages… "Ça m’aura pris 40 ans pour comprendre que la joie de vivre se trouve à cette place-ci, en ce moment. M’investir chaque instant dans ce que je vis et assumer ce qui se passe, c’est ça le bonheur." Une quarantaine comme prétexte à vivre, donc, dans la réalité comme dans les livres.

Une année en quarantaine
de Claude Auchu
Éd. Les Intouchables, 2011, 86 p.

Une année en quarantaine
Une année en quarantaine
Claude Auchu
Les Intouchables

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