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Gabriel Anctil : Au pays de Cro-Magnon

Gabriel Anctil signe un premier roman initiatique et d’inspiration autobiographique qui brode sur l’opposition fertile entre Montréal et la région.

Concepteur de pub le plus courtisé à Montréal, Théo est soudainement frappé par l’insignifiance d’un univers qui l’adule et qui lui donnait jusque-là l’impression de vivre. Fuyant les pantins superficiels qui l’entourent, il décide de «sauter par-dessus la clôture du Nouveau Monde pour pénétrer dans celui de l’Ancien, du farouche, du lointain». L’idée d’un banal pèlerinage en Inde étant rejetée, il mettra le cap sur le Bas-du-Fleuve, à 500 kilomètres de la métropole, où l’attend le patelin de son grand-père qu’il n’a jamais visité: Trois-Pistoles (3-P pour les intimes).

Abandonnant collègues, amis et femme qui ne le comprennent pas d’aller se réfugier «dans un trou rempli de consanguins qui ne savent ni lire ni écrire», Théo subit tout un choc. Celui qui n’a connu que le clinquant agité et narcissique du Plateau et du Mile End sera séduit par les grands espaces, par l’authenticité des rapports humains et par les formes plantureuses de Lou, serveuse du bar Chez Bobby. Le tout servi avec cet arrière-fond musical de l’émission Naturellement country, que la radio locale livre à ses auditeurs depuis des temps immémoriaux…

Le portrait de la région tracé par Gabriel Anctil n’est pas idyllique pour autant, 3-P étant peuplé de «Cro-Magnons alcooliques» fermés à toute idée venant de l’extérieur et n’accueillant l’étranger qu’une fois que ce dernier a renié ses origines et adopté les coutumes locales. Mais l’humour est partout dans ce livre-fleuve, qui offre de savoureuses réflexions (sur la propagation des rumeurs notamment), des scènes hilarantes (apothéose burlesque du souper spaghetti des Chevaliers de Colomb), des dialogues hallucinés, emblématiques de la bêtise urbaine et rurale. Irrévérencieux, mais jamais gratuitement, ce roman ne trahit à aucun moment la quête d’humanité qui le porte.

Sur la 132 n’est pas dépourvu de clichés (crise de la trentaine, appel des origines suivant le cours de notre mythique fleuve, hommage lyrique à un boulevard Saint-Laurent censé contenir l’essence montréalaise…). Il n’est pas non plus le premier roman à mettre en scène les tribulations libératrices d’un publicitaire désabusé (on pense à 99 francs de Frédéric Beigbeder et à D’où viens-tu, berger? de Mathyas Lefebure). L’originalité d’Anctil se loge ailleurs, dans l’éveil du héros à une «curiosité nouvelle» et dans l’aveu touchant de son ignorance des questions politique, historique et culturelle. Son retour aux sources coïncidant avec la découverte de grands livres (d’Honoré Beaugrand à Gaston Miron, en passant par Jack Kerouac…), le héros gagne au change une dignité qui offre un beau virage à son existence, rien de moins qu’une renaissance.

Sur la 132
de Gabriel Anctil
Éd. Héliotrope, 2012, 514 p.

Sur la 132
Gabriel Anctil
Héliotrope

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