Ariane Gélinas : Le fil d'Ariane
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Ariane Gélinas : Le fil d’Ariane

L’imaginaire de l’écrivaine trifluvienne Ariane Gélinas semble suivre un fil conducteur où s’entremêlent fiction et réalité, mystère et fantastique.

"Je suis toujours portée vers l’imaginaire. C’est ce vers quoi je tends naturellement", raconte l’auteure de Transtaïga (Les villages assoupis: tome 1), Ariane Gélinas. Le premier roman de l’écrivaine trifluvienne inaugure d’ailleurs la collection Lycanthrope de l’éditeur Marchand de feuilles. Une nouvelle branche qui vise à faire vivre la littérature d’imagination au Québec, en proposant des romans noirs ou steampunks à lire la nuit sous les couvertures. Transtaïga, le premier tome d’une série de trois, est un bouquin transgenre qui flirte avec les récits criminels, gothiques et fantastiques. "Toute la trilogie sera dans cette veine-là. L’ambiance y est ténébreuse et énigmatique."

Une ambiance qu’on retrouve habituellement dans les villages fantômes, qui sont au coeur de la trilogie. On y parle de Gagnon, Labrieville, Baie-Sainte-Claire, L’Anse-aux-Fraises, Fort-George, Nitchequon… "Y’a pas juste Val-Jalbert!" lance la jeune femme qui se plaît à imaginer ce qu’ont été ces villages à partir des bribes restantes: des bouts de trottoirs qui ne mènent nulle part, des fragments de bâtiments qui ne sont plus, des ruines où la végétation reprend ses droits… "C’est intéressant de les tirer de l’oubli, car ils ont vécu, d’une certaine façon."

Un peu comme dans sa novella L’enfant sans visage, finaliste au Prix des nouvelles voix de la littérature du Salon du livre de Trois-Rivières, l’histoire se déroule en des contrées nordiques. Après le Groenland, nous voici entre la route de la Baie-James et le réservoir Caniapiscau, où s’étend la Transtaïga, longue de 666 kilomètres. Pour vrai. "Quand j’ai découvert cette route, ça m’a interpellée", raconte celle qui aime suivre du doigt les chemins des cartes routières. "Ça me fascine de voir à quel point on a investi le territoire. Je suis curieuse de savoir où on est et jusqu’où on peut aller." Cette fois-ci, son doigt semble s’être arrêté au lac Combourg, là où on suit le personnage d’Anissa, qui retourne en direction du village fantôme créé par sa grand-mère, plus de 20 ans après son exil forcé. "Dans mon cas, contrairement à d’autres écrivains, l’univers s’impose puis le personnage l’habite."

Ariane Gélinas a l’habitude d’ancrer sa fiction dans le réel, pour ses projets de plus grande envergure du moins. Dans un souci de vraisemblance, elle fait une solide recherche documentaire et picturale, puisque bien souvent, elle investit d’abord un endroit en imaginaire avant de le visiter dans la réalité. "J’aime les grands espaces, les coins isolés, difficiles d’accès. J’avais envie d’y accéder à travers cette fiction." La Transtaïga est déjà bien loin dans le rétroviseur de l’écrivaine, dont l’imaginaire se trouve désormais à plusieurs kilomètres de là. Plus précisément à l’île d’Anticosti, où se déroulera le deuxième tome de la trilogie.

Transtaïga (Les villages assoupis: tome 1)
de Ariane Gélinas
Éditions Marchand de feuilles, 2012, 151 p.

Transtaïga (Les villages assoupis: tome 1)
Transtaïga (Les villages assoupis: tome 1)
Ariane Gélinas
Marchand de feuilles