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Martine Desjardins : La chambre verte
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Martine Desjardins : La chambre verte

Dans une chambre forte, et verte, vous l’aurez deviné, se trouve le cadavre agréablement bien conservé – dû à l’étanchéité de la pièce – d’une femme. Elle serre les dents sur une vieille pièce de monnaie. Découverte macabre tant pour les huissiers qui la font que pour les lecteurs qui la lisent à l’ouverture de ce nouveau roman de Martine Desjardins. Celle qui nous avait offert Maleficium il y a de cela sept ans revient avec son cinquième roman dans lequel elle sonde le rapport à l’argent d’une riche famille au cœur de la création de la ville de Mont-Royal. Offrande particulière, comme toutes celles de l’auteure, qui nous envoie aux confins de l’avarice.

Louis-Dollard Delorme est le riche héritier d’un homme ayant fait fortune grâce à la vente de sa terre et à son pouvoir redoutable de négociation, alors que ses propriétés étaient au cœur de ce qui allait devenir ville Mont-Royal. À l’époque, on avait un projet fou: creuser un trou dans la montagne. Alors qu’on dynamitait le flanc du mont Royal, lui, faisait sauter la banque. Rapidement, il inculque à ses enfants l’importance de l’argent et des économies. Louis-Dollard sera le plus fier porte-étendard des valeurs de son patriarche, parvenant à faire fructifier ses avoirs au grand plaisir de sa femme, aussi radine que lui. La maisonnée sera bouleversée par l’arrivée d’une nouvelle pensionnaire, Penny Sterling, avec un compte en banque aussi intéressant que son nom le laisse croire. Ce n’est pas toutes les bonnes locataires qui font de bonnes brus, mais chez les Delorme, c’est l’argent qui parle. On se mettra donc en tête de la marier à leur fils.

Roman gothique et grotesque, La chambre verte de Martine Desjardins nous sert ici une galerie de personnages fascinants et complexes. Devant l’autel du capital, où l’on prie Sa Majesté, plusieurs garderont vices et péchés pour eux. La force du roman réside toutefois dans la narration, alors que l’auteure a eu l’idée délirante de faire de la maison un personnage en soi. C’est donc elle qui nous raconte ce qui se passe en ses murs et comment, à quelques reprises, elle a parfois donné un coup de pouce au destin pour parvenir à ses fins. Car, sachez-le, dans ce livre, tout est une question d’intérêt, bancaire ou personnel.

La chambre verte
Martine Desjardins
Éditions Alto, 256 pages, 2016

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