Tim Murphy : L'immeuble Christodora
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Tim Murphy : L’immeuble Christodora

Dans le New York des années 1980, aux balbutiements de la crise du sida, Jared fume tranquillement à la fenêtre de l’immeuble Christodora. À l’entrée, en plein cœur de la rue, une manifestation bât son plein alors que la transformation de ce vieil édifice en appartements d’artistes semble devenir le symbole de l’embourgeoisement d’East Village. C’est en ces murs que le journaliste américain Tim Murphy placera l’essentiel de son premier roman: ces murs immuables comme notre seul point d’ancrage d’un roman dans lequel défileront les décennies et les générations marquées inévitablement par la maladie, d’une façon ou d’une autre.

Il y aura d’abord Ava, cette fonctionnaire du département de santé aux prises avec les premiers cas de ce qu’on allait connaître sous l’appellation du syndrome d’immunodéficience acquise, elle-même aux prises avec des problèmes de santé mentale. Toujours à la course entre son travail et son état de santé, elle aura peu de temps à consacrer à sa fille Milly. Cette dernière, on la découvre au détour des années 1990 sous les noms de Millicent et de Mille-pattes, alors en couple avec Jared. Lui sculpteur, elle peintre, ils sont la quintessence du couple d’artistes d’East Village. Ensemble, ils adopteront Mateo, jeune enfant dont la mère est décédée des suites de la maladie. C’est avec lui qu’on entrera dans le 21e siècle alors que les écoles d’art lui ouvriront leurs portes au même moment où les affres de la drogue ne seront qu’au coin de la rue.

Cette saga new-yorkaise butine d’une époque à l’autre, permettant de bien saisir l’importance et l’impact de cette maladie sur l’ensemble d’une société. Un personnage comme Hector – ancien stagiaire d’Ava au département de la santé avant de devenir activiste au cœur de la crise sans savoir que son existence est à quelques années de péricliter – est d’une grande importance dans le liant de ce récit, qui demeure beaucoup en surface et dans le tape-à-l’œil, qui ne plonge jamais vraiment au fond des choses. Il faut souligner la traduction de Jérôme Schmidt qui n’est pas sans déranger, avec des «teufs ouf» où on «kiffe» avec des gens «chelous» qui «cloppent» en plein New York. On repassera pour la sincérité du lieu. Et si on souhaite réellement se plonger dans le milieu artistique de la Grosse Pomme, on relit avec plaisir Tout ce que j’aimais de Siri Hustvedt.

L’Immeuble Christodora
Tim Murphy
Plon, 570 pages, 2017
ISBN : 9782259249713

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