La littérature comme nécessité
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La littérature comme nécessité

Le 8 mai, Stéphane Larue a remporté le Prix des libraires du Québec pour son premier roman Le Plongeur publié chez Le Quartanier Éditeur, alors que Sébastien B Gagnon s’est vu décerner le même prix hier pour Mèche, son deuxième recueil de poésie, publié à L’Oie de Cravan. À eux deux, ils sont le visage d’une relève qui, pourtant, oeuvre dans le milieu depuis déjà plusieurs années. Entretien croisé. 

L’un travaille dans le milieu des bars et de la restauration, l’autre dans le domaine de l’architecture. Les deux ont fréquenté longuement le monde du fanzine où ils se sont fait la main, sans jamais réellement se croiser. Un monde dans lequel l’édition et la création se chevauchent, créant des hommes-orchestres littéraires portant leur désir de littérature à bout de bras.

Pour Stéphane Larue, c’est l’édition qui l’a amené à l’écriture, bien qu’il créait déjà depuis toujours. «Gamin, j’écrivais des histoires. Quand j’ai rencontré Philippe Tisseyre qui avait repris la maison d’édition de son père (Éditions Pierre Tisseyre), il était venu faire un topo à mon école secondaire sur l’édition. À ce moment, je me cherchais un métier et je m’étais dit que ça allait être l’édition. Je suis tombé assez vite dans le milieu des fanzines et c’est à ce moment que j’ai rencontré François Couture (L’Effet pourpre) qui a été pour moi un mentor, m’apprenant comment éditer. J’écrivais toujours un peu à côté et à un moment je me suis rendu compte que je n’étais pas fait pour l’édition. J’ai ensuite concentré toutes mes énergies sur l’écriture.»

De l’autre côté, Sébastien B Gagnon a découvert une certaine parole par l’entremise musicale, du grindcore jusqu’au rap, telle fut son école. «Moi, j’ai toujours traîné ça. Quand je disséquais les textes de différents bands, ça m’a frappé. Les cours de littérature, le rap, ça allaient dans des directions opposées et j’ai toujours essayé de joindre ça. Pour moi, le rap c’était comme des gammes de jazz et lorsque je suis parti de ces gammes-là, ça m’a permis de composer à ma façon, d’aller chercher les effets que je voulais en poésie.»

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Le Plongeur est arrivé un peu par hasard. Larue travaillait déjà sur son premier roman avec son éditeur, un vaste projet de science-fiction, lorsqu’il a désiré écrire autre chose pour se changer les idées. Ce qui devait être une novella s’est vite transformé en roman de près de 500 pages, car le milieu et les personnages qui habitent le roman, il les fréquente depuis longtemps. «Bébert, je l’ai porté comme si c’était le personnage principal du roman. Ce gars-là, je le connais depuis 15 ans. J’ai fouillé chez nous et j’ai des cahiers de notes de moments où on jase dans un café pis que j’y volais des histoires. J’ai été le premier surpris d’être capable d’écrire sur le milieu de la restauration alors que j’y suis encore. […] Le but, c’est d’aller trouver ce qui ne s’invente pas dans ce qu’on crée, pour que lorsqu’on le lit, on y croit. Le Plongeur, pour moi, ç’a été un peu cet exercice d’écriture.»

Un peu comme Le Plongeur, Mèche est un recueil de poésie qui s’est immiscé entre un plus grand projet d’écriture, son Traité de démolition. Sébastien B Gagnon a proposé à une jeune tunisienne, étudiante en psychologie, s’il pouvait lui envoyer un poème pour les 54 prochains jours. De cette contrainte, le recueil est né. Pour l’un comme pour l’autre, l’écriture occupe désormais une place essentielle. «Si je n’avais pas mon Traité de démolition, refuge que j’ai sur mon téléphone et auquel j’ai toujours accès, si je n’avais pas cette proximité-là avec ce projet, pour prendre le temps – voler du temps s’il le faut -, pour me plonger là-dedans, c’est sûr que je vire fou. Si je gaspille une idée comme on fait trop – on le fait tous – on se tue, on perd notre vie. Mèche c’est un entre-deux, mais mon Traîté de démolition c’est ce qui me tient en vie. Ça fait 12 ans, même plus que 12 ans! Je sais plus ça commence où et quand.»

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Suite à leur remise de prix respective, les deux auteurs savent désormais qu’une panoplie de libraires, un peu partout dans la province, portent leurs oeuvres et pour eux, c’est surtout ça le Prix des libraires. «Les auteurs tracent des chemins, mais c’est les lecteurs qui les empruntent. Et c’est le libraire qui donne la clé pour ça», dit Sébastien B Gagnon.

Stéphane Larue, Le Plongeur, Le Quartanier Éditeur, 2016, 448 pages.

Sébastien B Gagnon, Mèche, L’Oie de Cravan, 2016, 70 pages.

Le temps de l’écriture
Propos recueillis par Jérémy Laniel

Sébastien B Gagnon: « Ce qui me fascine, dans des jobs dans le milieu des bars et de la restauration, c’est que t’en as pas de temps pour écrire. Il faut que tu le crées. C’est un combat constant. »

Stéphane Larue: « Moi, j’en trouve du temps, je m’impose une discipline. Stephen Koch, un essayiste américain sur la création littéraire, a écrit un chapitre à propos de ce qui se passe si tu veux devenir écrivain et il y a une chose qui est très vraie dans ce qu’il dit c’est que tu vas toujours être en train de te battre pour libérer du temps pour écrire. »

Sébastien B Gagnon: « L’écriture, c’est ce qui me permet de vivre ma vie comme un aventurier. Et l’écriture n’est pas ce qui me donne la permission de le faire, c’est de traiter le parcours de façon suffisamment sérieuse pour qu’ensuite tout soit orienté vers cette aventure-là. »

Stéphane Larue: « Pour moi, écrire, ça devient quelque chose qui organise ta vie et qui a du sens. On a tous besoin de quelque chose comme ça pour avancer. Je suis quelqu’un qui s’est toujours raconté des histoires. J’ai des amis qui ont laissé tomber l’écriture et chaque fois que c’est arrivé, j’ai trouvé ça excessivement dur par ce que je me demandais: « si ça m’arrivait à moi, qui est-ce que je deviendrais? » »