Adam Haslett : Imagine que je sois parti
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Adam Haslett : Imagine que je sois parti

Dans la bonne majorité des livres constituant la série Les Rougon-Macquart d’Émile Zola, l’écrivain français du 19e siècle abordait d’une certaine façon la question de l’atavisme social. Est-ce que les malheurs sociaux qui incombent à une génération finissent par se transmettre à celle lui succédant d’une façon ou d’une autre? Dans Imagine que je sois parti, deuxième roman et troisième livre de l’écrivain américain Adam Haslett, l’auteur propose ce même regard sur la maladie mentale. Est-ce que la dépression et le mal de vivre s’inscrivent d’une façon dans le code génétique? Avons-nous tous les mêmes dispositions quant au bonheur? Il signe ici un roman autant empathique que nuancé sur un sujet qui méritait pleinement un regard exempt de tout pathos.

John est Anglais, Margaret, Américaine. Quelque temps après leur rencontre, elle le retrouve hospitalisé à cause d’une dépression. Au cœur de Londres des années 1960, elle ne veut point quitter celui qu’elle aime et emprunte avec lui la route sinueuse de la maladie mentale, par amour et persévérance – John et elle vont de l’avant avec les plans de mariage et de famille les unissant depuis leur rencontre. De cette union naîtront trois enfants. Célia, une jeune et ambitieuse conseillère, Alec, un journaliste idéaliste tentant tant bien que mal de vivre son homosexualité, et Michael, le personnage autour de qui tout le roman tourne, lui qui semble, comme son père, peu doué au bonheur. Dans un chassé-croisé narratif croisant ces cinq voix singulières et se jouant de la chronologie, Haslett dédouane le drame par le vrai et le beau, remettant en question sans cesse notre aptitude au bonheur.

À mi-chemin entre Pauvres petits chagrins de Miriam Toews et Les corrections de Jonathan Franzen, Imagine que je sois parti est un livre aussi maîtrisé qu’efficace. On erre en ses pages sans jamais y trouver le labeur d’Haslett qui, pourtant, a dû écrire et réécrire pour en arriver à cet équilibre parfait où le lecteur, tout comme l’écrivain et les personnages, marche sur une fine ligne où rien n’est ni noir ni blanc, franchissant à chaque pas un nouveau jalon de la complexité humaine. Ici, la littérature est au service du regard porté sur tout un chacun, le jugement n’est que factice et les conclusions percolent lentement entre les mailles de l’histoire. Il ne restera qu’au lecteur d’y trouver son chemin.

Imagine que je sois parti
Adam Haslett
Gallimard, coll. «Du monde entier», 448 pages, 2017
ISBN : 9782070179527

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