Livres

Julie Mazzieri : La Bosco

Le travail de l’écrivain en est un de patience et d’acharnement. Si certains parviennent à récidiver d’année en année, produisant ainsi un nouveau titre chaque automne – juste à temps pour les bas de Noël –, d’autres prennent le temps qu’il faut pour se battre avec les mots, avec les idées. Avec Le discours sur la tombe de l’idiot, premier roman publié en 2009 aux éditions françaises José Corti, l’écrivaine québécoise désormais installée en Corse avait remporté le prix du Gouverneur général pour un livre aussi étrange que fascinant, dépeignant la figure de l’idiot stigmatisé en plein cœur des Cantons-de-l’Est. L’auteure revient ici en ses terres, huit ans après son précédent livre, le temps d’une journée, pour assister à l’enterrement de la Bosco.

La Bosco est morte et c’est aujourd’hui qu’on l’enterre. Son mari, Jacques, ne pense qu’au chéquier. Son fils, Charles, ne pense qu’au billet de cinquante dollars si tôt gagné, si tôt perdu, alors que sa fille déplie lentement des caramels qu’elle s’engouffre en direct de la berline les menant au cimetière. Au moment où le chauffeur à la conduite médiocre s’engage difficilement dans l’entrée du lieu funèbre, le père pique une énième crise, lui demandant de partir, de conduire encore plus loin, sans s’arrêter. Tant qu’on ne la mettra pas en terre, les problèmes, eux, resteront. C’est ainsi que le périple de La Bosco se dessine, une cavale mortuaire qui brossera le portrait d’une famille grotesque, d’une fratrie qui semble avoir comme devise «chacun pour soi» tellement les liens les unissant semblent aussi ténus que malsains. Les arrêts seront aussi nombreux qu’étranges, le père s’engouffrant tantôt dans un champ de maïs, tantôt dans un débit de boisson, n’oubliant pas d’arrêter chez les Perrault, la richissime famille pour laquelle la Bosco a travaillé, cette même famille qui n’a pas daigné envoyer une seule fleur pour fleurir sa tombe.

Court roman s’axant sur la détresse d’un clan en pleine perdition tant mentale que financière, La Bosco se déploie principalement par une maîtrise de la langue avec laquelle Mazzieri embrasse son histoire. La concision du roman, rappelant à quelques égards certains contes de Ferron, n’a d’égal que la précision des images que l’auteure parvient à créer au détour de ses phrases.

La Bosco
Julie Mazzieri
Héliotrope, 126 pages, 2017
ISBN : 9782924666289