David Grann : La note américaine
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David Grann : La note américaine

Fertile et insatiable, l’Amérique est un terrain de jeu de tous les instants pour n’importe quel auteur en manque d’inspiration, en quête d’immensité, désirant comme tant d’autres avant lui habiter ce théâtre grandiose et précaire qu’est le rêve américain. Mainte fois mise en scène, la fiction est peuplée d’un imaginaire américain touffu, parfois frisant la perfection, d’autres fois dégoulinante de clichés. La note américaine, l’essai du journaliste David Grann, travaillant au New Yorker, parvient à lier – sans le savoir – cette fascination fictive au réel, démontrant à quel point le romanesque a parfois si peu à nous apporter tellement l’Histoire peut à elle seule être fascinante. Encore faut-il savoir aller à sa rencontre et avoir le talent de le rendre, deux qualités que possède indéniablement celui qui mène ici l’enquête.

Au début du 20e siècle, le peuple osage se fait délocaliser par le gouvernement américain deux fois plutôt qu’une et se retrouve quelque part en Oklahoma, sur un bout de terre rocailleux et non cultivable. Ce n’est qu’un peu plus tard qu’on apprendra qu’en dessous de ce no man’s land coule l’une des plus grandes réserves de pétrole du pays, appartenant dorénavant à cette tribu autochtone qui deviendra, au tournant des années 1920, la communauté la plus riche par personne. Et c’est ici que ça se gâte. Cette concentration particulière d’autochtones millionnaires en dérangera plus d’un et, dès 1924, s’amorcera le Règne de la terreur pendant lequel plusieurs seront assassinés, tantôt empoisonnés, tantôt laissés pour morts dans un ravin, une balle de petit calibre derrière la tête.

C’est ici que le génie de David Grann entre en jeu. S’intéressant à l’une de ces histoires, celle de Mollie Burkhart, le journaliste se penche sur un complot effarant: des hommes blancs se mariaient avec des autochtones, élevaient des enfants, vivaient dans la communauté pendant plusieurs années avec pour simple but d’assassiner leurs conjointes pour toucher l’héritage. Si l’histoire donne froid dans le dos, le talent d’investigateur de David Grann, lui, est fascinant. Le livre est beaucoup plus grand que l’enquête: au détour d’une phrase, il tisse des liens avec l’administration américaine actuellement au pouvoir, à la fin d’un chapitre, il parvient à faire écho aux tensions raciales divisant encore le pays, tout en brodant à même son récit – et avec autant d’importance – la naissance du FBI sous le joug de J. Edgar Hoover. Avec ce livre, Grann peut se retrouver bien à son aise dans notre bibliothèque entre Joan Didion et John McPhee.

La note américaine
David Grann
Éditions Globe, 360 pages, 2018
ISBN : 9782211232890

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