Françoise de Luca : Le renard roux de l'été
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Françoise de Luca : Le renard roux de l’été

Comment une fratrie peut-elle arriver à s’étioler jusqu’à se dissoudre complètement dans une jalousie maladive et pernicieuse? Voilà le point d’ancrage de ce troisième roman de Françoise de Luca qui, encore une fois, plonge dans l’atavisme familial en tentant de cerner ce qui nous désunit sans pourtant nous quitter. Après Pascale et Sèna, l’auteure poursuit cette recherche d’une tendre violence inhérente à nos existences, parvenant avec intelligence à mettre en scène ce balancier tanguant entre la haine et l’adoration, entre la laideur et la beauté, entre soi et l’autre. Chez Luca, la fuite est très souvent malfaisante, n’éloignant en rien les déceptions passées, sublimant plutôt le manque d’une enfance idéale où les rêves communs semblent s’être perdus, où les trajectoires se sont immanquablement séparées.

Mathilde et Mathéo sont indissociables jusqu’à leurs prénoms, ils étaient prédestinés à un amour symbiotique, à une relation hors du monde. Frère et sœur d’un plus grand clan qui restera pourtant dans l’angle mort de leur relation, ils sont dépeints dans une enfance où l’un ne vivait que pour l’autre, et vice-versa. Au détour de phrases concises, mais ô combien évocatrices, l’auteure parvient à décrire le lieu de la jeunesse: «Le village ne compte qu’une rue et une boucle autour de l’église. Il est minuscule, mais c’est un grand poème.» Le problème avec l’enfance, c’est qu’elle se termine sans qu’on s’en rende vraiment compte: «Bientôt on les sépare. On les sépare comme on déchire un brin d’herbe et tout change.» Ils s’éloigneront indéniablement l’un de l’autre, Mathilde quittant le village pour la Grande Ville, sa liberté ayant besoin d’espace pour grandir, ses ambitions aussi.

Quittant un frère qu’elle ne reconnaît plus et une mère qui la castre, Mathilde découvrira la ville, l’amour, la peinture et la tristesse. Luca décrit les premiers émois amoureux avec une finesse qui sidère, le chapitre où Mathilde rencontre Sara, construit autour d’un poème d’Eluard, impose une relecture tellement il embrase le cœur. Comment on élève un enfant qu’on ne peut cerner? Comment on s’éloigne d’un frère qu’on a tant aimé? Comment on s’autodétruit au sein d’une même fratrie? L’œuvre de Françoise de Luca est un trésor bien gardé au sein du catalogue Marchand de feuilles. Si jamais on vous guide vers elle, ne passez pas votre tour: on découvre ses romans comme on croise un renard roux un soir d’été, avec chance et désir de partage.

Le renard roux de l’été
Françoise de Luca
Marchand de feuilles, 246 pages, 2018
ISBN : 9782923896854

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