Grace O'Connell : Foudroyée
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Grace O’Connell : Foudroyée

La publication de Foudroyée de Grace O’Connell chez Boréal démontre l’importance d’une littérature canadienne-anglaise accessible, ainsi que l’intérêt d’une traduction de qualité. Deuxième roman de l’écrivaine torontoise, Foudroyée revêt les sobres habits de la traduction de Fanny Britt qui parvient rapidement à mettre en lumière toute la subtilité romanesque de cette proposition littéraire. Roman en deux temps, à cheval entre Vancouver et New York, il nous amène au cœur des violences quotidiennes, proposant un efficace récit initiatique qui plonge le lecteur au centre d’un temps où l’immuabilité des choses est mise à mal. Car comme l’a déjà écrit James Matthew Barrie: «Tous les enfants grandissent. Tous, sauf un.»

En plein New York, une Vancouveroise court pour ne pas manquer son autobus. Quelques minutes après s’être faufilée dans la foule hétéroclite du véhicule, un homme sort une arme et abat le chauffeur. Ainsi commence Foudroyée. Dans ce chassé-croisé entre une jeunesse rangée sur la côte ouest-canadienne et cet attentat dans la Grosse Pomme, O’Connell trace la vie de Veda, sœur de Conrad, amie d’Annie et Al, et amoureuse de Ted, le meilleur ami de son grand frère. Ce club des cinq passera de l’adolescence à l’âge adulte en se tenant les coudes serrés, avant d’apprendre lentement mais sûrement que ces relations sont rarement inaltérables. Un se retrouve en prison, l’autre à New York, une à San Francisco, pendant que le dernier vide les bières sur un bateau de croisière.

Il y a quelque chose d’éminemment subtil, mais de terriblement efficace dans ce roman. À plusieurs reprises le lecteur pense être en mesure de cerner le début et la fin des différents arcs narratifs qui se déplient devant lui, mais à tout coup il a tort. Au moment où l’on croit que l’écrivaine va nous surprendre, elle ralentit le rythme; quand on croit qu’elle perd de sa superbe, elle nous épate. L’écriture d’O’Connell n’est pas sans rappeler celle de Miriam Toews, une proposition qui n’aspire pas nécessairement aux grands rebonds romanesques, laissant la force du livre résider dans les nombreux vases communicants. Roman sur les ingérables violences qu’on porte en soi, Foudroyée est aussi une ode à l’enfance et au lieu qu’on oublie d’habiter.

Foudroyée
Grace O’Connell
Éditions du Boréal, 392 pages, 2018
ISBN : 9782764625354

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