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Le modèle de Nice
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Le modèle de Nice

Ce n’est pas parce qu’on s’est acheté une maison à La Meunière en Mauricie avec l’argent d’une bourse d’écriture qu’on ne peut pas être un clochard céleste, même si c’est peut-être un peu contre son gré. Douze ans après Catéchèse (Alto, 2006), Patrick Brisebois revient en force avec Le modèle de Nice, un roman qui rappelle ses premiers ouvrages publiés au tournant des années 2000 à L’Effet pourpre. Aussi drolatique que mélancolique, Constantin, le narrateur (et alter ego?) de Brisebois, regarde le temps qui passe avec une certaine consternation. Écrivain commençant plus de projets qu’il n’en termine, il erre en ces pages un peu comme dans les rues de La Meunière, à la recherche de quelque chose, mais quoi?

L’achat de cette petite maison centenaire amène plusieurs promesses: «on pourra y jouer au volleyball ou y creuser deux piscines ou y laisser vaquer un cerf.» Mais cette maison vient aussi avec la quarantaine, et cette spirale existentielle dans laquelle le narrateur se perd: «quand on n’a pas d’enfants et qu’on fuit la société, les chances sont bonnes pour qu’on finisse ses jours tout seul. […] C’est le prix à payer pour la liberté totale.» Car depuis qu’il s’est installé en Mauricie, Constantin vit désormais une relation à distance avec Marianne qui habite Montréal. Si le roman raconte l’immanquable effritement de cette intimité, chaque événement est aussi, voire surtout, prétexte à digression.

Les pérégrinations du narrateur et de Brisebois lui-même ne sont pas sans rappeler celles de François Blais – il faut dire qu’il est difficile de ne pas penser à l’écrivain de Grand-Mère lorsqu’il est question d’antihéros badaudant en Mauricie. Il est intéressant de voir comment Brisebois parvient à ne pas écrire un roman qui tourne à vide et qui, bien que mélancolique, ne se vautre pas dans le pathos, ne se replie pas sur lui-même. Le tout est principalement dû à l’érudition tant populaire que littéraire dont fait preuve l’auteur; entre Fitzgerald et Star Wars, entre Rimbaud et Mirrormask, la ligne est mince et Brisebois y trouve toujours son compte, le lecteur aussi. Ce n’est pas un roman sur l’écriture, ni sur la quarantaine, ni sur la fin d’un couple, ou sur la solitude et encore moins sur le modèle de Nice, et pour ces raisons, ça vaut amplement la peine de s’y plonger.

Le modèle de Nice
Patrick Brisebois
Le Quartanier, 160 pages, 2019
ISBN : 9782896983896

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