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Le pourboire
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Le pourboire

Deuxième titre de la nouvelle collection Encrages, Le pourboire de Philippe Chagnon fait suite à l’excellent collectif Corps (2018), dirigé par Chloé Savoie-Bernard. Promettant des «projets littéraires et [d]es voix singulières» qui «s’engagent sur les divers chemins de l’imaginaire pour raconter des histoires inscrites dans l’univers contemporain», cette collection est l’une des marques claires du renouveau aux éditions Triptyque. Premier roman du poète nous ayant donné Cœur Takeout (L’Écrou, 2013) et Arroser l’asphalte (Del Busso, 2017), Le pourboire est concis, écrit dans le détail, et rien, mais absolument rien, n’est laissé à la discrétion du lecteur. Philippe Chagnon tente une expérience littéraire qu’on peine à saisir autour d’un voyage dans le sud banal, durant laquelle nous aurons sans cesse cherché l’heure du vol de son retour.

Le narrateur part pour une semaine au Mexique avec ses parents et sa copine. Et c’est à peu près tout. Chagnon explicite les moindres détails de ce simple canevas. Que ce soit le périple en navette du stationnement de l’aéroport jusqu’à l’entrée de ce dernier, ou encore les quelques gouttes d’urine qui tombent accidentellement sur son pantalon alors qu’il est aux toilettes et que l’avion croise une zone de turbulence. Sans oublier le petit bout de peau qu’il s’arrache sur le bord de l’ongle, le coup de soleil qu’il se prend en pleine tête, le thermostat mal calibré ou les multiples whiskeys – une glace – qu’il s’enfile. Le fil conducteur? La quête d’un jeune garçon ayant amené les bagages jusqu’à sa chambre, à qui il a oublié de verser un pourboire. Pendant sept jours, le narrateur sera hanté par cette bévue, tentant à tout prix de la réparer.

À aucun moment du livre il nous est permis de comprendre le projet littéraire qui s’offre à nous, ce pacte de lecture hyperréaliste, pour ne pas dire «sous-knausgaardien», où jamais le fond n’explique la forme. Si l’écriture est descriptive, elle n’est pas précise pour autant, la phrase n’épate jamais, elle demeure stérile. Trop rarement on a accès au narrateur du livre; s’il couvre de nombreuses pages à décrire la moindre action, ce n’est qu’exceptionnellement qu’il propose réflexions et analyses, laissant le lecteur patauger dans le récit d’une ennuyeuse semaine de vacances. Le dernier chapitre, relatant le retour au Québec, semble complètement de trop – et il faut le faire dans un roman de 110 pages –, ne servant qu’à boucler une grossière boucle, comme si l’unique utilité du livre résidait dans cette vulgaire «chute». Si les écritures du réel sont si populaires récemment, c’est qu’elles réussissent habilement à créer des chambres d’échos entre l’intime et l’universel, proposant un chassé-croisé entre les voix de la quotidienneté et celles de la réflexion, mais jamais Chagnon n’y parvient.

Le pourboire
Le pourboire
Philippe Chagnon
Tryptique, 116 pages, 2019
ISBN : 978-2-89801-017-0

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