Corinne Larochelle : Pour cœurs appauvris
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Corinne Larochelle : Pour cœurs appauvris

Poète, romancière et nouvelliste, Corinne Larochelle nous livre, quelques années après Le parfum de Janis (Le Cheval d’août, 2015), un recueil de récits tantôt sulfureux, tantôt solitaires où la quête de l’autre traverse chacun des textes. Les cœurs appauvris du titre sont multiples, toujours à la recherche d’un socle où se poser, d’un temps d’arrêt dans la course du monde. Chez Larochelle, les battements de cœur résonnent dans le bassin, les arythmies frappent au ventre et ce muscle involontaire irrigue souvent les désirs. Composé de plus d’une soixantaine de tableaux, ce recueil renferme des propositions toujours concises, offrant aux lecteurs des vignettes qui jamais n’en disent trop, reflétant habilement l’éphémère de ces moments qui, au hasard de nos volontés, confortent et abîment.

Citant en ouverture un extrait du majestueux recueil de poésie Les adieux de René Lapierre (Les Herbes rouges, 2017), l’autrice ne pouvait mieux placer les récits qui allaient suivre: «Aimer n’est pas gagner. Ceux qui aiment/ne gagnent pas, ils sont/les assoiffés.» C’est justement ces assoiffés qu’on retrouvera tout au long des courtes fictions où la solitude croise le tragicomique – on n’a qu’à penser à cet ornithologue ayant émis le chant du lagopède des saules en pleine jouissance –, ceux qui cherchent une certaine plénitude, aussi momentanée puisse-t-elle être. Histoire d’un soir, histoire impossible, infidélité, relation professeur-étudiante, majeur et mineur, les courts récits de Larochelle témoignent toujours d’une seule et unique vérité: insondable, le cœur bat de façon plurielle.

Tenant parfois en un paragraphe, parfois en quelques pages, les textes regroupés ici forment un livre habile, plus cohérent que la plupart des recueils de nouvelles qu’il nous a été donné de lire. Et c’est peut-être dans la relation qu’entretient Larochelle avec ses récits que réside le succès de Pour cœurs appauvris. Jamais elle ne semble forcer la note, chercher la chute, ou viser un recueil charpenté comme une église. Elle préfère tirer sa cohérence par la constellation qu’elle tisse d’histoire en histoire. Qu’il est bon de lire des livres que ne souhaitent pas être de grandes choses, ces livres qui comprennent toute la noblesse de ne jamais chercher à être plus que ce qu’ils sont: de courts moments volés au quotidien, un partage de l’un à l’autre, une rencontre le temps d’une lecture. Ces dernières phrases sont à lire sans amertume aucune, mais plutôt avec une réelle admiration, d’où jaillit la force tranquille du livre.

Pour coeurs appauvris
Pour coeurs appauvris
Corinne Larochelle
Le cheval d’août, 128 pages, 2019
ISBN : 9782924491379

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