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La chaleur
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La chaleur

À mi-chemin entre la célébration et le cauchemar – la masse critique de livres étant si grande qu’on s’y noie plus souvent qu’à son tour –, publier un premier roman dans une maison d’édition française reconnue en pleine rentrée littéraire est en soit une consécration. Victor Jestin, primoromancier de 25 ans, fait paraître ces jours-ci chez Flammarion La chaleur, un court texte qui cache plus de qualités que ce que l’on pourrait penser. Dans les traces de L’étranger de Camus, Jestin ne vise ici aucune réécriture, si ce n’est que de mettre le soleil plombant au cœur d’un roman concis et suffocant. Sans être un chef-d’œuvre, le livre propose de belles promesses littéraires tout en évitant le piège ô combien dangereux du simple exercice de style.  

Dans un camping en pleines Landes françaises, un jeune de 17 ans en laisse mourir un autre, demeurant impassible face à la détresse d’Oscar qui, un soir d’ivresse, a désiré attenter à ces jours avant de le regretter. Plutôt que d’avertir qui que ce soit, le jeune Léonard préfère tirer le cadavre jusqu’à la plage pour l’enterrer. Cette suite d’actions amorales à la Meursault ouvre le roman qui, d’ailleurs, tient n’y plus n’y moins dans les 24 heures suivant cette scène d’ouverture. Un camping, pour des jeunes de 17 ans, c’est un lieu d’hormones et de fantasmes, de victoires et d’échecs. Pour Léonard, ce gringalet féru de musique classique, c’est un peu l’enfer sur Terre, s’il ne s’agissait pas de la belle Luce pour qui il a le béguin. 

Ce livre avait vraiment tout pour être banal: excès de jeunesse, huis clos en camping, prémices invraisemblables. Et pourtant. C’est que Victor Jestin sait faire battre les tourments de l’adolescence dans une écriture concise qui parvient habilement à sublimer une atmosphère efficacement oppressante. Les incises dans le texte des chansons anglophones qui jouent dans les haut-parleurs du camping avaient tout pour me déplaire, mais l’utilisation parcimonieuse de l’auteur en fait un procédé fort efficace pour imposer un bruit incessant qui interfère avec les tourments intérieurs. En France, 524 romans feront la rentrée. La chaleur n’en sera pas le meilleur, mais il serait faux de ne pas voir en Victor Jestin ce qu’il est: un écrivain.

La chaleur
La chaleur
Victor Jestin
Flammation, 144 pages, 2019
ISBN : 9782081478961

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