Thérèse Lamartine : Le silence des femmes
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Thérèse Lamartine : Le silence des femmes

En janvier 2013, Léa Stréliski, blogueuse sur voir.ca, avait utilisé ce titre pour intituler un billet émouvant sur le thème de la violence faite aux femmes, alors que l’Inde était entachée par des scandales d’agressions sexuelles immondes. Elle avait notamment confié: «J’écrivais ce texte en me demandant ce qu’il se passerait si les femmes parlaient. Y aurait-il moins de viols? Y aurait-il plus de conscience, y aurait-il plus d’hommes qui savent ce que ça fait aux femmes?»

L’auteure Thérèse Lamartine a-t-elle entendu cet appel? Cette cinéaste, romancière et ancienne directrice de la Condition féminine au Canada, au Québec et au Nunavut a décidé de traiter de cet épineux sujet en mettant de l’avant… un homme. Brian Davis Sauvé, psychanalyste compétent et membre de la sélecte société mondaine new-yorkaise, célèbre dans un appartement élégant de la Fifth Avenue le passage au XXIe siècle quand son destin bascule. Aux coups de minuit, il trouve dans les toilettes une femme en train d’agoniser et portant des marques évidentes de torture. Quelques jours plus tard, le sort s’acharne avec l’assassinat, dans des conditions aussi atroces, de la meilleure amie de la fille de Brian, âgée de 14 ans. Confronté à l’horreur après avoir vécu dans la ouate, Brian perd pied, d’autant plus que le coupable de ces deux meurtres, ainsi qu’une douzaine d’autres, n’est nul autre que son mentor, un psychanalyste éminent qui se demande pourquoi il s’est attaqué à autant de femmes alors qu’il avait lui-même été agressé dans sa jeunesse par des hommes.

Aux prises avec le sentiment d’avoir été trahi par un ami et d’avoir échoué en tant que clinicien, Brian tombe dans la dépression et s’interroge sur sa nature même d’homme. «Sommes-nous tous des salauds?», se demande-t-il. Il laisse alors tomber sa petite vie bien réglée pour se lancer, épaulé par ses proches, dans une démarche courageuse, celle d’enquêter sur les manifestations de violence faites aux femmes d’ici et d’ailleurs, en plus de les dénoncer publiquement. Il ne sait pas encore qu’il s’engage dans une longue spirale de l’horreur qui ne connaît aucune frontière. Fillettes violées, assassinées et au corps dissous chimiquement au Mexique, femmes vitriolées en Inde, groupes aryens masculins aux États-Unis, il n’y a pas un endroit au monde où la femme ne subit pas la violence de l’homme. Il découvre surtout, ce que met bien en lumière l’auteure, comment chaque société, aussi évoluée soit-elle, a érigé en système l’infériorité et le mépris des femmes. Et qu’il est dangereux, même pour les hommes de bonne volonté, de combattre cette loi du silence.

Un autre passage du billet de Léa Stréliski prend ici tout son sens: «Combien sommes-nous à avoir été abusées? Combien sommes-nous à connaître une femme qui l’a été? Je parie que vous en connaissez une. Je parie que c’est arrivé à votre sœur ou à votre cousine, à votre fille ou à votre mère, à votre amie, à votre voisine, ou que c’est à vous que c’est arrivé.»

Le propos du roman de Thérèse Lamartine est donc non seulement d’actualité, mais aussi éclairant à bien des titres. Avec des petits bémols, toutefois. En premier lieu, un tel sujet aurait peut-être mérité une approche plus directe, moins maniérée que celle que l’auteure nous offre avec des phrases inutilement lourdes. De plus, plusieurs digressions de la trame narrative centrale, comme les pensées psychanalytiques de Brian, ainsi que l’exagération de certaines scènes, comme la larmoyante soirée d’hommage à Britney, la jeune fille assassinée, auraient pu être élaguées.

Le silence des femmes

Thérèse Lamartine

Éditions Triptyque

328 pages

Le silence des femmes
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Thérèse Lamartine
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