Catherine Voyer-Léger : Métier critique
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Catherine Voyer-Léger : Métier critique

Le portrait dressé de la critique au Québec par Catherine Voyer-Léger est percutant, pertinent, juste et éclairant. Un essentiel.

Si vous êtes un étudiant et que vous venez d’entamer votre première année en journalisme, vous devez faire deux choses: immédiatement lâcher votre programme, pendant que vous le pouvez sans qu’on vous impose des frais d’annulation, et ensuite, avec ces économies, allez acheter Métier critique de Catherine Voyer-Léger.

La tentation de qualifier les propos de l’auteure, tout au long de cet ouvrage, de relativement élitiste et snob, ne devrait pas rencontrer de résistance, mais plutôt être accompagnée d’une précision importante: quand un discours est si calmement étayé, si rigoureusement proposé, on n’a pas vraiment à se soucier des biais inévitables d’une auteure, surtout quand elle les présente et les assume elle-même, préférant, comme elle dit, jouer cartes sur table.

La vérité, c’est que cet essai fait preuve d’une rigueur de pensée qui rappelle vaguement certains textes de Normand Baillargeon: on compartementalise les idées, on les présente, une à une, en toute transparence, et on les appuie de preuves, de faits, d’observations et de citations qui appuient notre propos. Quand un esprit présente ses idées de façon aussi claire et ordonnée, aussi précise, on n’a que faire d’un quelconque biais.

Bref, selon Catherine Voyer-Léger, la critique est un métier essentiel dans une société démocratique où l’oeuvre ne peut pas exister selon les seules conditions des créateurs (rivés dans un discours créatif, donc non analytique) et des producteurs et promoteurs qui n’ont d’intérêt que pour l’éloge et le portrait glorieux de projets qu’ils souhaitent lucratifs. En ce sens, selon l’auteure, le critique est un pont (biaisé, imparfait, informé, instruit, changeant) nécessaire entre un produit culturel, qui s’inscrit inévitablement dans un discours sur la vie, et le public qui, s’il peut être guidé à travers ses achats de voiture, de maisons, de REER et autres phénomènes, peut bien accepter d’être guidé par des érudits se spécialisant dans des domaines artistiques.

En plus de défendre avec une belle éloquence et une grande connaissance ce métier de critique si souvent méprisé par des artistes sensibles, Catherine Voyer-Léger dresse également un portrait fidèle et représentatif de la petite et fragile industrie québécoise: comment la critique peut-elle survivre quand le critique et l’artiste se cotoîent constamment dans des 5 à 7 et même à l’épicerie? Comment lutter contre un mouvement populiste qui appelle au silence critique et à l’éloge incessante des projets de nos vedettes? Comment la critique peut-elle survivre face à la critique amateure (voire non rémunérée) si vibrante sur le web?

Le livre propose évidemment plusieurs pistes de réflexion intéressantes, et bien qu’il soit teinté d’un certain idéalisme concernant la pureté de ce métier qu’aucun intérêt pécunier ne devrait affecter, il n’est ni follement optimiste, ni particulièrement alarmiste.

Se rappelant un épisode de La bande des six dans lequel Nathalie Petrowski écorchait Roch Voisine, un artiste cher à la jeune Voyer-Léger, l’auteure, adulte, se questionne sur plusieurs aspects de la critique moderne, dont la critique spectacle (qui valorise davantage la personnalité du critique que son discours) et le système des étoiles, qui simplifie à outrance les propos étayés par le rédacteur. En ce sens, je vais essayer de faire un peu des deux: en emettant une note totalement contraire à mon avis réel, je testerai cette indifférence affichée pour la cote, et en même temps, je ferai de cette critique un petit spectacle. Est-il possible de réellement transcender la note? De dépasser la cote? D’être indifférent par rapport à une évaluation sommaire en forme d’étoiles?

C’est ce qu’on verra.

Entre temps, rendez-vous chez votre libraire le plus proche. Parmi les nombreux essais publiés au Québec dans les dernières années (dont nombre sont bien maigres, tristement), celui-ci est un essentiel.

Métier critique

Septentrion

2014

216 pages

Métier critique
Métier critique
Catherine Voyer-Léger
Septentrion

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