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Les histoires de chasse de Monsieur

Si pour vaincre il faut pendre sur les places publiques, je préfère être vaincu

– Errico Malatesta

Monsieur Mathieu Bock-Côté est fort.

Sans aucun doute, il est l’un des plus grands intellectuels de sa génération.

Ne riez pas! C’est du sérieux. C’est un véritable don qu’il a. Ce qu’il dit, ce ne sont pas des opinions, ni même des arguments : ce sont des vérités. Sa pensée est celle de l’ordre. C’est pour cette raison qu’il utilise grandement le mode de l’indicatif – ceci « était », « est » et « sera » – et de l’impératif – « soyons », « restons » et « devenons ». Ce don exceptionnel – que seuls lui et quelques membres de l’élite ont en partage (on pense ici à Madame Denise Bombardier et à Monsieur Lucien Bouchard) – lui permet de voir ce qui échappe à tous, même à la science. Par exemple, ce don lui permet de lire dans l’âme du Québec. Vous n’aviez pas remarqué? Il comprend ce « qu’a vécu » le Québec, ce que « pense » le Québec, comment se « sent » le Québec, quelles sont les « aspirations » et les « craintes » du Québec.

Une telle sensibilité ne court pas les rues. Nul besoin de source, de preuve ni de démonstration; son éloquente parole, puisqu’elle s’appuie sur le « bon sens » et sur le « principe de réalité », suffit amplement.

Ce don est très rare, exceptionnel! Il permet même à Monsieur Mathieu Bock-Côté de critiquer des phénomènes qu’il ne comprend pas, voire qu’il n’a même jamais tenté de comprendre…

La chasse aux libertaires encapuchonnés

C’est l’automne : la chasse est ouverte. Comme ses compatriotes, Monsieur Mathieu Bock-Côté graisse sa carabine, enfile son joli bonnet et sort les chiens. S’il adore faire la chasse aux gauchistes, cette saison s’annonce haute en couleur puisqu’elle sera agrémentée par la présence d’une toute nouvelle proie arrivée le printemps dernier : l’anarchiste.

Dans un texte étoffé, « Enquête et l’extrême-gauche »[1], Monsieur Mathieu Bock-Côté – avec toute la finesse analytique qu’on lui connait – affirme que les anarchistes sont des « esprits simplets » et des « excités qui s’engagent dans l’action révolutionnaire » pour se donner une « raison de vivre » [2].

À son avis, ces radicaux sont motivés par une « pulsion profondément nihiliste et destructrice ». Monsieur Mathieu Bock-Côté n’a pas besoin de faire la démonstration de ce qu’il avance. Il voit des choses telles-qu’elles-sont. Il peut même lire le rationnel dans l’irrationnel, car en dépit de la psychologie défaillante du militant anarchiste, il réussit, malgré tout, à découvrir la raison de sa déraison, le sens caché de sa stratégie :

Voilà pourquoi il faudrait provoquer la démocratie : pour la forcer à se dévoiler, à se révéler, à se réfugier derrière une protection policière. Tant que le pouvoir portera le masque de la démocratie, il s’en trouvera pour lancer des appels au calme. Mais ensuite, qui sait ce qui arrivera. La guerre révolutionnaire pourra se mener en plein jour.

En d’autres mots, l’anarchiste serait juste assez fou pour vivre selon ses pulsions et juste assez intelligent pour organiser le chaos social. Il serait, autrement dit, un fin déséquilibré…

Anarchiste nihiliste utopico-totalitaire postmoderne et marxiste

Comme les grands hommes qu’il admire, Monsieur Mathieu Bock-Côté ne fait pas les choses à moitié. Il va plus loin. Et avec le ton impératif qui est le sien, il affirme : « Ne nous faisons pas d’illusion : l’extrême-gauche anarchiste est une force totalitaire ». Toute l’intelligence politique de Monsieur Mathieu Bock-Côté tient en ces quelques mots. À la fois « nihiliste », « utopique », « postmoderne » et « marxiste » – décidément, les références des anarchistes sont diversifiées – l’idéologie libertaire est floue, mais derrière ces idées fantasmagoriques se cache en fait un sombre projet : celui du totalitarisme.

Ceux et celles qui doutaient encore de l’existence du don divinatoire de Monsieur Mathieu Bock-Côté vont devoir se raviser. Les anarchistes ont beau avoir été de toutes les luttes antifascistes et démocratiques du 20e siècle; ils ont beau se revendiquer de la Commune de Paris (1871), de la Révolution espagnole (1936) et de Mai 1968; ils ont beau vouloir l’auto-émancipation de l’humanité entière : ce ne sont que des fantasmes.

« Autogestion », « démocratie directe », « autonomie », « libre association »… Seul Monsieur Mathieu Bock-Côté comprend le sens caché de ses mots. Seul lui peut voir le germe de violence totalitaire dont ils sont chargés.

« Ni Dieu, ni maître » gravé aux portes des goulags autogérés… C’est là où nous mène l’utopie libertaire.

Monsieur Mathieu Bock-Côté l’a bien compris. Notre société est déjà réellement libre et démocratique. Elle était, est et sera toujours imparfaite. Ceux et celles qui veulent la changer radicalement sont donc nécessairement motivés par une pulsion totalitaire et irrationnelle.

Monsieur Mathieu Bock-Côté parle au nom de la raison et de la démocratie. Heureusement, il nous remet sur le droit chemin. Sans lui, sans tous ces grands sages qui pensent pour nous, certains « excités » pourraient se mettre à écouter ce que disent les anarchistes et leurs amis radicaux. Vous imaginez une seconde ce qui pourrait arriver si ces idées de lutte des classes, de grève sociale, d’émancipation et de critique de l’État devenaient populaires?

Monsieur Mathieu Bock-Côté a raison d’avoir peur. Un monde sans guide est un monde perdu.

Nous avons besoin de lui.

Notes

[1] Mathieu Bock-Côté, Enquête et l’extrême-gauche, Blogue de MBC, 28 septembre 2012.

[2] Cette façon de considérer la gauche radicale ne date pas d’hier. Vous aviez remarqué, Monsieur Mathieu Bock-Côté inscrit ses idées dans un continuum historique. À la fin du XIXème siècle, l’un des premiers à mettre de l’avant l’irrationalité des comportements collectifs est le penseur Gustave Le Bon. Selon ses mots, la foule serait « irrationnelle », « sauvage » et « soumise aux passions » et le socialisme, qui en est le reflet « idéologique », serait tout aussi irrationnel et destructeur. Si cette posture analytique est depuis plusieurs décennies considérée comme dépassée et non-opératoire par la grande majorité des chercheurs en sciences sociales, c’est sans doute parce qu’ils n’ont pas lu les chroniques de Monsieur Mathieu Bock-Côté. S’ils connaissaient son don divinatoire, le paradigme en serait – sans aucun doute –  bouleversé.