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Jean Barbe contre l’Empire du vide

La censure? La censure! La censure, c’est la gargouille qui vomit hideusement son plomb liquide sur la chair vive de la poésie! La censure, c’est l’acéphale aux mille bras aveugles qui abat comme un sacrifice sans défense chaque érection de sensibilité délicate aux moyens de ses moulinets vandales! La censure, c’est le rasoir gigantesque rasant au niveau du médiocre toute tête qui dépasse!  La censure, c’est la camisole de force imposée au vital! La censure, c’est la défiguration imprégnée sur la grâce par un sourcil froncé saugrenu! La censure, c’est le saccage du rythme! La censure, c’est le crime à l’état pur! La censure, c’est l’enfoncement du cerveau dans un moulin à viande dont il surgit effilochement! La censure, c’est la castration de tout ce qu’il y a de viril! La censure, c’est la chasse obtuse à la fantaisie et à l’audace illuminatrice! La censure, c’est la ceinture de chasteté appliquée à tout con florissant! La censure, c’est l’interdiction de la joie à poivre! La censure, c’est le morose enduisant tout! La censure, c’est l’abdication du rare et du fin! La censure, c’est la maculation et le hachage en persil de l’unique toujours gaillard! La censure, c’est l’abdication de la liberté! La censure, c’est le règne ignorantiste du totalitarisme intolérant envers tout objet qui n’est pas monstruosité rétractile! La censure, c’est l’injure homicide à la loyauté des sens! La censure, c’est le pet par-dessus l’encens! La censure, c’est l’éteignement de l’esprit! Où il y a censure, serait-elle la plus bénigne du monde, il n’y a plus qu’avortement généralisé. La censure, c’est la barbarie arrogante. La censure, c’est le broiement du coeur palpitant dans un gros étau brutal! Oui, mille fois oui, la censure, c’est la négation de la pensée! »

– Claude Gauvreau, Les oranges sont vertes

Jean Barbe a été congédié de son blogue du Journal de M

C’est en quelque sorte un retour à la normale…

Voulez-vous bien me dire ce qu’il faisait là ?

Contrairement à ses collègues, Jean Barbe est de gauche, poète, intelligent et nuancé. Contrairement à ses collègues, il écrit bien, il a de l’esprit, de la culture et de la sensibilité.

Bref, contrairement à ses collègues, Jean Barbe pense et réfléchit. Il tente, tant bien que mal, de nous tirer collectivement par le haut…

Entre une pub d’escorte et une chronique pleine de SUBTILITÉ de Martineau, Jean Barbe tentait de nous faire réfléchir. Il tentait de défendre autre chose que l’accumulation de profit et la marchandisation du vivant.

Jean Barbe défendait la gauche, les indignés, les syndicats, les étudiants en grève, les sans-voix, la culture…

Qu’est-ce qu’il foutait dans le ventre du dragon ? On ne le saura jamais.

Ce qu’on sait, cependant, c’est que son texte polémique a immédiatement été retiré de la circulation.

La situation est enfin redevenue normale… Jean Barbe s’est fait crisser dehors et les larbins de l’Empire peuvent enfin continuer de s’astiquer la propagande en toute complaisance.

Ils pourront continuer de faire du pauvre un riche et du riche une victime. Ils pourront continuer de nier le réchauffement de la planète, de défendre la brutalité policière, de soutenir le démantèlement des services publics et de stigmatiser les musulmans en toute quiétude.

Le « règne de la peur multiforme » peut reprendre sa frénétique cadence.

Et la grande partouze des valets gueulards et sans talent peut se poursuivre…