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Pas terrible, Marie-Claude Lortie

SPVM, Montréal, 15 mars 2013

 

Le 15 mars en soirée, lors de la Manifestation annuelle contre la brutalité policière, Lysiane Gagnon Marie-Claude Lortie cherche ses mots…

Soudainement, inspirée par le rythme des coups de boucliers et des arrestations de masse, elle découvre, il fallait y penser : c’est un « tango ». Les uns ont besoin des autres : « Les manifestants cherchent la brutalité policière pour mieux exprimer leurs récriminations. Les policiers, eux, trouvent dans l’agressivité de certains manifestants leur raison d’être là » [16 mars, La Presse].

Vous avez bien lu? Les manifestants cherchent la brutalité policière.

On était quelques milliers à penser, depuis 17 ans, que c’était une manifestation contre la brutalité policière, mais bon, Lysiane Lortie sait de quoi elle parle. On a dû mal lire les tracts et les journaux, mal entendre les discours et les slogans…

Peu importe! Car ce qu’on se demande vraiment, nom de Dieu! c’est pourquoi ils font ça? Contre toute attente, elle le sait, elle en a parlé la semaine dernière : c’est pour « mieux s’exprimer »

« À travers les sociétés, les continents, les âges, on en a vu et revu. La transition de l’enfance à cet âge adulte où l’on se voit intégré, inclus, voire rangé, produit ce genre de tensions qui, selon le contexte historique ou politique, provoqueront ou non des mouvements sociaux aux éclats variés [La Presse, 7 mars] ».

Ça c’est de l’analyse : à travers l’histoire de l’univers, l’adolescence a provoqué (ou non) des mouvements sociaux aux éclats (?) variés.

À partir de ces prémisses rigoureuses, elle en conclut que ces adolescents sont « contre tout et rien ». Ce « tout et ce rien » est bien entendu irrationnel. Elle se demande comment il est possible de voir des liens entre ces concepts obscurs dont elle fait la liste : « capitalisme », « chômage », « richesse », « injustice », « maladie », « aberrations » et « société moderne ». Pour être certaine de ne rien comprendre, elle ajoute d’ailleurs quelques termes de son cru – comme si les manifestants étaient contre « leurs voisins » et « leurs parents ».

Manifestement, elle ne sait pas comment interpréter ce « flou agressif ». Elle est totalement dépassée. Par delà la gratuité et la fin de la brutalité policière, il y aurait des gens qui seraient encore insatisfaits, vous imaginez? Ils veulent changer le monde, on ne comprend pas. Alors, comment faire pour que les commerçants cessent de « frémir » devant tant de colère adolescente?

« Plutôt que des policiers, ce sont peut-être des psychologues qu’il faudrait envoyer pour les écouter. Pourquoi tant de gens si fâchés? ».

Éclair de génie

Le 15 mars, la magie de la prétention lorsqu’elle est grassement payée pour dire son opinion se manifeste :  Mme Gagnon Lortie trouve une solution à un problème qu’elle ne comprend toujours pas.

Dans un monde idéal, il faudrait faire « voyager ces jeunes ».

En Espagne et en Grèce, ils verraient ce qu’est le vrai chômage. En Russie, ce qu’est réellement la censure. En Haïti, ce qu’est la pauvreté au quotidien…

C’est une très bonne idée.

Et gageons que ces jeunes seraient ravis d’avoir une telle chance!

Il y a cependant fort à parier que ces adolescents comprendraient ce que la madame ne comprend pas et reviendraient au Québec avec une plus grande envie de prendre la rue. Face aux horreurs qui sévissent ailleurs, certains développeraient sans doute une critique des politiques internationales de nos gouvernements. Certains seraient peut-être même frappés par le fait que la Russie, malgré son État policier, se dit elle aussi « démocratique ». Et gageons que nombre d’entre eux reviendraient ici avec toutes sortes de mauvais coups appris dans les manifestations de Grèce et d’Espagne!

Finalement, la solution de Madame n’est peut-être pas tout à fait au point…

Mais, répétons-le, c’est une bonne idée!

Les jeunes pourraient ainsi voir, tel qu’elle le désire,  que c’est bien pire ailleurs.

*

En échange, et nous sommes bien conscients de l’audace de notre proposition, Mme Gagnon Lortie pourrait se mettre à faire du … journalisme. La prochaine fois qu’elle voudra comprendre les motivations des manifestants, elle pourrait interroger des… manifestants ou encore mener une enquête sur le site internet et dans les journaux de l’organisation qui revendique la mobilisation, juste au cas où on y exposerait des arguments et des idées rationnelles.

Si elle veut réellement comprendre la colère des gens d’ici, elle pourrait même interroger ceux qui, parmi les 3500 personnes arrêtées lors des derniers mois, ont subi des blessures ou des chocs post-traumatiques. Ces derniers seraient certainement assez généreux pour lui donner des trucs super le fun afin de transformer toute cette méchante colère en « énergie créative ».

Ça aiderait également Mme Gagnon Lortie à comprendre pourquoi certaines personnes, ici même, refusent d’accepter l’injustice, l’arbitraire et la violence sous prétexte que c’est pire ailleurs.

Qui sait, comme par un juste retour des choses, ça nous aiderait peut-être à cerner les motifs psychologiques qui la mènent à transfigurer une arrestation de masse en « tango ».