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Revue d’épaisse hivernale

On ne me fouettera jamais pour avoir écrit ce texte. Raif Badawi, lui, a été condamné à 1000 coups de fouet et 10 ans prison pour avoir blogué.

Un Bombardier d’ignorance

La semaine dernière, la très généreuse Denise Bombardier, cette espèce de fusion plus ou moins réussie entre le pire de l’époque victorienne et le côté le plus sombre de la Grande Noirceur, liait la mort d’une jeune fille autochtone ontarienne à son appartenance culturelle : « Cette enfant est morte parce qu’elle est la victime sacrificielle d’une culture mortifère, antiscientifique, une culture qui victimise les autochtones en les privant de la médecine moderne » [Son blogue, JdeM, 21 janvier].

Si la jeune fille est morte, ce n’est pas à cause de la stupidité de ses parents ou du jugement sans sagesse d’un homme de loi, mais bien à cause de la « culture amérindienne ». On croirait entendre un administrateur colonial du 17e siècle, sincérité en moins, qui considérait ces peuples comme inférieurs, sans loi ni morale. Bombardier devrait pourtant savoir que la culture amérindienne a évolué depuis quelques centaines d’années, qu’elle porte avec elle un bagage de connaissance qui pourrait faire rougir l’Occident en plusieurs domaines, et qu’elle n’a rien contre la science, dont elle a intégré la vaste majorité des éléments dès les premiers contacts.

Les croyances amérindiennes sont très libertaires. Le « Cercle sacré de la vie » permet aux individus de choisir parmi le vaste buffet des connaissances et des découvertes celles qui leur sont utiles. Le Grand mystère, Jésus, Marie, la science ou la raison sont considérées comme vecteur de vérité dans l’exacte mesure où ils répondent aux demandes qui leur sont adressées.

Bref : contrairement à la pensée de Bombardier, la culture amérindienne n’est pas morte et fossilisée, mais vivace et en mouvement.

Mais Bombardier préfère asseoir son opinion réactionnaire sur ces préjugés convenus et racistes. C’est son droit. Personne ne lui volera sa jolie chevelure pour autant, quoiqu’elle en pense…

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Notre ami Abdallah

C’est en essuyant les larmes provoquées par l’attentat contre Charlie Hebdo que les dirigeants du monde occidental ont appris la mort du roi Abdallah. Nous avions avec lui une « véritable amitié chaleureuse », dit Obama. C’était un « grand défenseur de la paix au Moyen-Orient », dit Harper. Un « homme d’État, dont l’action a profondément marqué l’histoire de son pays et dont la vision d’une paix juste et durable au Moyen-Orient reste plus que jamais d’actualité », affirme Hollande. Il était un « grand défenseur des droits des femmes », ajoute Lagarde, présidente du FMI.

Les coups de fouet pour délit d’opinion, les lapidations, la dictature, le non-respect systématique et formel des droits de la personne ? Nos dirigeants démocrates n’en ont rien à cirer… sauf quand ça fait leur « affaire ». Affaire de milliards de dollars en vente d’arme. Affaire de pétrole. Affaire de lutte à la gauche.

Même Charb n’aurait pu caricaturer ces pleutres abrutis sans dignité déguisés en hommes d’État.

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Catégorie : « On s’en câli…. »

Mathieu Bock-Côté se porte à la défense de Ti Mé, le Bloc choisit son premier candidat, Jean-François Lisée ne sera pas de la course à la chefferie du PQ, Drainville travaille sur un nouveau projet de charte, Josée Théodore affirme que « Price peut porter sa tuque », Nathalie Elgrably-Lévy cite Jefferson dans une de ses chroniques et Sophie Durocher nous parle de la performance de Sylvie Desgroseiller à La Voix.

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La Fondation 1625

En guerre contre le droit d’association des étudiants et plus particulièrement contre l’ancien porte-parole de la CLASSE, Gabriel Nadeau-Dubois, la mal nommée « Fondation 1625 » annonçait dernièrement son intention d’aller jusqu’en Cour suprême afin de poursuivre sa chasse aux grévistes.

Cette fondation pourchasse le droit de grève, parfois même à grand coup de menace. Le 20 janvier dernier, par exemple, elle lançait un « sérieux avertissement » au Comité printemps 2015 en affirmant qu’elle soutiendrait toutes les poursuites contre le mouvement de grève [Communiqué de presse de la Fondation1625, 20 janvier 2015].

La Fondation a reçu des appuis de personnalités publiques, comme celui du souriant Éric Duhaime, de la sympathique ancienne ministre libérale, Nathalie Normandeau, ou encore, des animateurs-poubelles des radios du même nom. Elle a donc du succès parmi ses alliés objectifs : la droite populiste et le gouvernement (néo) libéral. Ces faits sont connus et ne sont guère surprenants. On connait depuis longtemps les liens qui unissent les « Carrés verts » au gouvernement libéral, liens que très peu de journalistes ont d’ailleurs sérieusement questionnés… Même si les trois principaux porte-paroles du mouvement ont tous été membres de l’aile jeunesse du PLQ, les journalistes ont tout de même donné la parole à cette crypto-organisation alors qu’elle n’était encore qu’une insignifiante page Facebook.

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Ding, dong !

Mais tout le monde sait ça…

Ce qu’on ne savait pas, c’est que la Fondation 1625 partage la même adresse que le « Hochelaga Conservative Association », soit l’aile locale du Parti conservateur du Canada (un simple « copié-collé » de ladite adresse nous permet d’en faire la preuve. Essayez pour voir, l’adresse est la suivante : 518 ch. Rockland Mont-Royal (Québec), H3P 2X2, Canada).

Quels sont donc les liens entre le Parti conservateur et la Fondation qui lutte contre le droit de grève ? Les grévistes auraient-ils été pourchassés juridiquement par une organisation en lien avec le parti détenant le pouvoir au parlement, et ce, pour leur implication dans un mouvement social ?

Bonne question… À laquelle il faudrait que la Fondation réponde. À supposer qu’elle rencontre un journaliste digne de ce nom…

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Islamophobie

Le concept, paraît-il frauduleux, a pourtant un grand succès. Les actes violents dirigés contre les musulmans se multiplient à grande vitesse. En France, les coups de couteau mortels, les attentats à la bombe et les tirs de carabines visant les mosquées se multiplient. En Allemagne, l’extrême droite mobilise plusieurs milliers de personnes dans des manifestations revendiquant un arrêt de l’immigration musulmane. Au Québec, on fait une première page SCANDALEUSE parce qu’on a trouvé un tract « islamiste » pourtant insignifiant, les chroniqueurs réactionnaires beuglent contre toute analyse un tantinet nuancée et les amalgames deviennent la norme. Sans oublier que les actes violents se multiplient ici aussi.

Mais notre élite réactionnaire n’est pas « islamophobe ».

Elle le dit tellement souvent que ce doit être vrai.

Laissons donc tomber le terme, il est effectivement « choquant ».

Raciste, ça vous va ?

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Le bon côté de la liberté

Combien d’arrestations pour de supposées « apologies du terrorisme » en France depuis quelques jours ? 70 ? 80 ? Alors qu’on ne cesse de répéter que les attentats contre Charlie étaient un assaut contre la démocratie et la liberté d’expression, il serait peut-être temps que l’État français cesse de singer ses détracteurs. À force de ne donner qu’une seule trajectoire à la liberté, le concept finit par perdre, justement, de son sens.

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La victoire du Mal

La gauche remporte la victoire électorale en Grèce. Selon l’ensemble des policiers des esprits, le Mal vient de l’emporter, la fin du monde est proche et les fils de Caïn seront tous bientôt châtiés.

« J’ai vu un socialiste sur une TERRASSE qui mangeait des brochettes ! La belle vie ! », affirme Richardos Martinopoulos.

« On devrait envoyer l’armée pour défendre la démocratie! », soutient Stéfanos Grendriotis.

« L’ultragauche et les alliés objectifs de la négation de moi et de la promotion des excès du multiculturalisme sont en réalité des fanatiques hurluberlus qui désirent propager les idées extrêmes des ennemis de l’Occident… », dit Matthéos Bock-Dindanopoulos.

« Ils sont liés avec le Hamas, la branche communiste de l’ONU ! », clame Érön Duhemichalis.

« C’est un peu comme si le Yâb venait de pénétrer dans la Sainte-Vierge ! », dit Jeanos « Kei Kei » Trëmblois.

Une histoire à suivre… Si Dieu le veut.

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