Des chansons de Simon and Garfunkel plein la tête… Dont Bookends (1968), qui évoque assez bien l’esprit du spectacle The Sound Of Silence.
A time it was
And what a time it was
It was a time of innocence
A time of confidences
Long ago it must be
I have a photograph
Preserve your memories
They're all that's left you
C’est un long poème visuel et musical que nous offre le dernier-né du Jaunais Rigas Teatris (New Riga Theatre), de Lettonie, mis en scène par Alvis Hermanis. Plongée souriante dans le passé, périple vers un monde d’innocence, de rêve : la période des années soixante, ses vœux de liberté, de bonheur collectif, de paix universelle.
Enchaînement de tableaux sans paroles, qu’accompagnent les chansons de Simon and Garfunkel, The Sound Of Silence fait l’effet d’un rêve. On glisse doucement d’une scène à l’autre, les personnages et les lieux évoluent, l’enchaînement, les événements échappant à la logique réaliste. Et, de partout, fuse magiquement la musique : des pots de verre, des livres, des corps, et à travers une forêt d’antennes, qu’on porte à bout de bras.
Se dégagent de cette rêverie éveillée une grande douceur, une suave fantaisie, d’où surgissent parfois de folles envolées. Pas d’histoire à raconter, de trame à chercher. Défilent les instantanés, images de jeunes adultes des années soixante et de leurs enthousiasmes : les premiers baisers, les premiers émois, la découverte, le plaisir de l’amitié et de l’amour. Et la fascination de la musique, porte vers l’ailleurs.
Plus de trois heures de voyage : scènes drôles, loufoques, poignantes. Long, pensez-vous? Absolument pas : c’est comme passer la soirée – quelques années? – en compagnie de ces personnages touchants de candeur. Et arrêter, momentanément, le temps qui passe. On est tour à tour amusé, ému; touché, toujours, malgré l’apparence par moments échevelée du parcours, qui en constitue un des grands plaisirs, pour peu qu’on se laisse emporter. Images d’une beauté perdue, The Sound Of Silence est comme un album de photos vivantes. À savourer, à conserver précieusement en mémoire.
Allons, ensemble : « Like a bridge over troubled water… »
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Sur un plan plus technique… Le JRT en est à sa troisième visite au Carrefour. Dans cette dernière création du groupe mise en scène par Alvis Hermanis, dont on retrouve ici le coup d’œil attentif, l’humour et la tendresse pour l’humain, on reconnaît des interprètes du spectacle précédent de la compagnie, Gara Dzive (Long Life), présenté ici en 2006. Ils y incarnaient, sans maquillage, des vieillards – en fait, les mêmes personnages, 40 ans plus tard. Cette fois ils deviennent, avec la même conviction, le même talent, de jeunes adultes. Ces comédiens n’ont pas d’âge! Et par le jeu, changent d’apparence de façon surprenante. Impressionnant!
Encore curieux? Voyez les entrevues que m’accordait, en 2004 et en 2006, Alvis Hermanis, et la page que consacre mon collègue de Montréal, Philippe Couture, au spectacle et à son metteur en scène.