C’est tout un périple que propose la Fabrique imaginaire : un voyage dans la tête d’une comédienne qui, morte ou dans le coma à la suite d’un accident de voiture, rêve. Temps et espace s’y mêlent : conférence sur l’ADN, voyage en avion, rencontres sur un palier. Se croisent les personnages qui, d’une époque à l’autre, se reconnaissent – avant même, parfois, de s’être rencontrés -, arpentent le temps comme s’il était un corridor plein d’escaliers et de portes dérobées. Délicieuse impression de flou, même si tout, évidemment, est minutieusement réglé.
Jouant sur le rapport scène-salle, les artistes de Voyage traversent aussi allègrement cette frontière que toutes les autres. Faisant de la salle leur terrain de jeu, et de nous, spectateurs, leurs compagnons, ils nous emmènent dans leur songe physico-philosophique, nous entraînant avec eux bien loin, comme en apesanteur. Entre science et poésie, Eve Bonfanti, Yves Hunstad et leurs acolytes nous enchantent de leur fantaisie, titillent notre imagination et notre esprit de questions troublantes. Un plaisir que le nouveau rêve de ces créateurs singuliers, attachants, qu’on suivrait n’importe où, dans toutes leurs inventions!
On ressort du théâtre étonné, charmé. Et ne sachant plus trop à quelle heure on y est entré.