Robert Lepage, une fois de plus, surprend, devenant danseur dans Éonnagata, présenté dimanche devant un public fébrile et enthousiaste.
Spectacle conçu et interprété avec les danseurs de renom Sylvie Guillem et Russell Maliphant, Éonnagata évoque la vie du Chevalier d’Éon, diplomate et militaire français du XVIIIe siècle. Autour de lui flottait un mystère : homme, femme, hermaphrodite? Les interrogations sur son identité sexuelle, l’apparence et les activités de ce personnage singulier – habile au combat mais de physique délicat, fier cavalier, habillé tantôt en homme, tantôt en femme pour mener à bien des missions d’espionnage – ont fait de lui une fable, cible des commérages et objet de curiosité.
Éonnagata se présente comme une succession de tableaux parfois entrecoupés de narration, et dans lesquels les trois danseurs incarnent le personnage et ses multiples facettes, féminines ou masculines. Théâtre dansé, danse narrative, le spectacle, marqué d’influences japonaises dans l’esthétique (onnagata, jeux d’ombres, costumes) et le mouvement (arts martiaux), offre des images superbes : clairs-obscurs, jeux d’ombres et de transparence, mouvements rythmés de combat chorégraphiés, éclairages magnifiques (Michael Hulls), costumes stylisés (Alexander McQueen).
Si la matière exploitée semble par moments ténue, si les tableaux s’attardent parfois à l’anecdote ou à l’illustration, s’étirant un peu, Éonnagata séduit par sa fluidité et ses envolées poétiques. Son exploration symbolique du double, de la recherche trouble de l’identité, que montrent jeux d’ombre, scènes à deux et utilisation du miroir, laissent en mémoire des souvenirs lumineux, envoûtants.