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Douleur exquise : le manège

La rupture amoureuse comme une obsession, la douleur comme un objet étrange, à scruter, à triturer : ainsi se présente Douleur exquise, texte de Sophie Calle mis en scène par Brigitte Haentjens.

Puisant dans l’expérience personnelle de son auteure, Douleur exquise met en scène une femme faisant à répétition le récit d’une rupture pénible. Revivant trente-cinq fois l’épisode, elle redit la faille, la blessure qui la hante, du coup vif, inattendu, aux premiers pas vers l’apaisement. Éléments gommés, détails ajoutés, changements de ton d’un tableau à l’autre : autant de modulations retraçant finement l’avancée, et les nécessaires régressions, sur le chemin du deuil à faire.

Seule en scène, Anne-Marie Cadieux fait ce pèlerinage avec conviction et souplesse d’interprétation, de l’anéantissement à la colère, du désespoir à la révolte, à l’ironie. Cris de rage, prostration, explosions de rire, danse déchaînée : les étapes de son calvaire nous tendent le miroir de nos propres errances, de nos excès quand frappe la douleur. Ponctuant son parcours, l’arrivée de quatre autres personnages (incarnés par Paule Baillargeon, Pierre Antoine Lasnier, Gaétan Nadeau, Paul Savoie), racontant leur plus grande souffrance, éclaire l’ensemble. Pour chacun, comme pour la protagoniste, le souvenir obsédant reste gravé avec précision, chaque détail minutieusement conservé, indélébile. Spectacle sur l’obsession et sur la solitude, avançait Anne-Marie Cadieux au cours de la discussion suivant la représentation, Douleur exquise ouvre une fenêtre sur le manège fou de la souffrance. Souffrance des autres, la nôtre : toutes pareilles dans le séisme qu’elles provoquent.