Et voilà, c’est fini : la 10e édition du Carrefour est terminée… Soudain, c’est comme un grand silence. Bien sûr, il y a les bruits de la ville. Mais plus ce bourdonnement du festival, cette certitude qu’en ce moment, quelque part, se joue un spectacle, applaudissent des spectateurs, se montent des décors. Silence, aussi, dans ma tête, stimulée par dix-neuf jours de festival, son programme devenant mon agenda (Vu d’ici? On doit être jeudi…), enthousiasmée par des spectacles qui bousculent, aèrent, dépaysent. Silence, bientôt, sur mon clavier, le retour sur les spectacles achevé.
Je pense souvent à la fin d’Astérix et Cléopâtre. Vous vous souvenez? On y énumérait tout le matériel nécessaire à la réalisation de cet album. Pour moi, afin de suivre et de commenter ce Carrefour… : deux crayons de plomb, un stylo, une rame de papier (non, là, j’exagère…); deux (trois?) tablettes de chocolat (Poulain, 86%, 100gr), du café et trois taxis; des tas de billets d’autobus, cinq repas sur le pouce, des mouchoirs et des pastilles, un parapluie, trois paquets de gomme…
Et j’en rapporte… de la beauté et des interrogations, du bonheur. Je vous fais un autre album de moments uniques, comme l’an dernier? … La fébrilité du public à la première de La Tragédie comique, au moment des retrouvailles frémissantes avec Yves Hunstad, les premiers mots de son personnage qui font que tout à coup, on (re)tombe sous le charme; le voyage doux, au goût un peu salé de Sound Of Silence, et sa magnifique scène du téléphone; l’ébahissement devant l’inventivité de Où tu vas quand tu dors en marchant…?, le plaisir, dans la nuit et dans la pluie, de découvrir la folie de ses univers. Guy (Gilles Poulin-Denis) se confiant à sa voiture, Manu, dans Rearview; la perte de repères, le charme et la délicieuse sensation de flou de Voyage, premier épisode; la finale de Vu d’ici et la secousse ressentie : Jocelyn Pelletier manipulant une scie à chaîne. La beauté pure, un peu aérienne d’Éonnagata; les douleurs croisées et la libération dans Douleur exquise; les visions saisissantes et les questions dérangeantes des Marchands. Normand Chaurette, volubile et souriant; et les Chantiers, variés, rigolos, étranges, touchants. Nouvel album, tout chaud, à ranger au rayon des précieux souvenirs de théâtre; mais… non, pas tout de suite. Et puis, joie : dès l’an prochain, ça recommence! Merci merci!