Alors que le soleil rouge se brouille des fumées du Nord, alors que flotte sur Québec une lumière de fin du monde, quelques mots sur le dernier Wajdi Mouawad, vu hier. Plongée avec cinq chasseurs d’apocalypse dans un monde où les rébus se relayent, course contre la montre pour déjouer un complot terroriste et comprendre le suicide d’un collègue, Ciels nous propulse dans un univers étrange aux accents, d’abord, de film d’espionnage, qui s’installe avec lenteur. Messages codés, tables d’écoute, décryptage, secret absolu : tout y est. Mais peu à peu se dévoilent, derrière ce travail des cerveaux, les humains, leurs failles, leur chaleur. Qui guideront, mieux que tout calcul, vers la découverte d’une vérité insupportable.
Deux heures trente dans une vaste boîte close, environné d’images et de l’action jouée sur des scènes multiples, fasciné par le jeu magistral des comédiens, traversé de paroles et du fracas d’un siècle, ébloui de lettres tombant comme flocons de neige : Ciels est pour le spectateur une expérience intense, dont on ne sort pas indemne – qui le voudrait? Et qui culmine en une image puissante et sublime, qu’on ne peut imaginer sans être secoué à nouveau.
À la folie meurtrière, à la destruction et à la mort, à la souffrance des Enfants du siècle – ceux du XXième –, Le Sang des promesses répond, à travers Ciels, par la fraternité, la vie, la beauté. Si les ciels qu’évoque Mouawad sont chargés, y subsiste une éclaircie, bien fragile mais, aussi improbable cela soit-il, indestructible.
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Je me l’étais pourtant promis : pas de blogue cette année. Pour peu qu’il traite d’un sujet nous tenant à cœur, le blogue est un gouffre. De temps, principalement, où les quelques lignes deviennent des paragraphes, les quelques minutes, des heures. Comment, pourtant, résister devant Ciels? Devant le plaisir renouvelé du merveilleux parcours Où tu vas quand tu dors en marchant…?, devant la surprise émue à retrouver Tremblay avec Belles-sœurs, où musique, mise en scène et interprétation se conjuguent pour réaffirmer la force de ce grand texte?
Alors voilà : j’y suis de nouveau. Avec une résolution : moins souvent, moins longtemps; nous verrons bien.