Le Carrefour international de théâtre,
je l'ai écrit ailleurs, fait l'effet d'un fabuleux voyage. On y découvre des
monts, des vallées, des paysages inusités. Parfois inédits.
Inédit : le mot de la
semaine, peut-être. Alors qu'on grimpe, mardi, sur La Montagne rouge (SANG) de Steve Gagnon, en grande Première mondiale. Une
montagne vertigineuse, aux arêtes coupantes, où souffle un vent puissant, celui
de la poésie en images toutes neuves et frémissantes de l'auteur. On y suit une
jeune femme et, sur ses pas, l'histoire d'un grand amour, celle d'un violent
chagrin, à la suite du suicide de son amoureux. Douleur, déchirements, cris
d'amour : tout cela joué avec une âme frissonnante par l'auteur, également
interprète, et par Claudiane Ruelland, vibrante, dirigés par Frédéric Dubois,
dans une mise en scène en équilibre entre vide de la perte irréparable et
incompréhension.
Autre Première mondiale,
hier, autre paysage : une île, celle des Cœurs mal formés, qui accueille
la petite Yukie, dans le conte étrange et fascinant conçu, écrit et mis en
scène par Daniel Danis. À son travail singulier d'auteur, que traverse le monde
des songes, Danis ajoute avec Yukie,
comme il le faisait dans Kiwi,
vu à Méduse à l'automne 2008, une écriture scénique audacieuse. L'artiste y
superpose voix et sons, jeu et images filmées par les comédiens, projetées sur
un grand écran blanc, où se croisent silhouettes et lumières comme des
feux-follets. Une expérience fascinante où le mystère de la représentation
prolonge celui du texte et où, les yeux rivés au plateau, on attend
l'éblouissement de la prochaine image, même dans la dureté de l'histoire
racontée. Métaphore de l'état de notre monde, de la création, suggérait en
rencontre, après la pièce, l'auteur, accompagné de son équipe enchantée du
travail minutieux et exigeant des derniers mois.
Entre les deux, mercredi,
petite enclave hors du monde : Éloge du poil de Jeanne Mordoj, spectacle entre cirque et
théâtre, mis en scène par Pierre Meunier, le créateur du merveilleux Au milieu
du désordre vu au Carrefour en
2008. Même esprit ludique, même regard neuf sur les choses, toujours un peu en
décalage. Actrice, contorsionniste, équilibriste, ventriloque, Jeanne Mordoj se
fait aussi philosophe. Et nous entraîne, mine de rien, avec un sourire amusé –
elle y prend plaisir autant que nous! -, dans une réflexion sur la différence,
mais surtout, sur la vie, si éphémère, sur la mort, fil d'arrivée de toute
chose. Tout à fait surprenant, réjouissant, parfois troublant, Éloge du poil fait penser à ces Vanités, tableaux du XVIIe
siècle évoquant la fragilité et la brièveté de la vie. Avec tout de même, ici,
mouvement, grands éclats de rire, et un désopilant petit blaireau.
Ce soir : Tragédies
romaines!