Objet étonnant que cet Effet
de Serge, petite incursion chez un
être solitaire, atypique, offrant chaque dimanche à 18h un mini-spectacle,
d'une minute, à quelques invités. Loufoques, insolites, l'idée, le texte de
Philippe Quesne, aussi metteur en scène, le personnage incarné par Gaëtan Vourc'h et ses
inventions font d'abord rire. Mais à le voir évoluer dans son intérieur si
terne, à la lumière froide, à entendre le comédien, en voix off, rappeler
« le temps passe, le temps passe, les jours défilent, les jours
défilent », c'est bientôt le vide de cette existence, et l'absurde qui
nous sautent au visage.
Une œuvre de Samuel Beckett traîne parmi les objets hétéroclites amassés
par Serge ; le comédien en lit un extrait lors de son étrange et hilarant
prologue. Aucun hasard : s'il fait rire, L'effet de Serge crée aussi le
malaise, presque physique. Un grand vertige existentiel.
Bravo, bravo, à Philippe Quesne et Gaëtan Vourc’h, qui expriment avec justesse, couleur et simplicité, tantôt avec humour, tantôt avec attendrissement, le malaise d’une existence où la solitude et le vide sont le revers de la brillante médaille du progrès technique. Dans un monde où tout est à portée de main de chacun, l’autre n’a jamais semblé plus éloigné, plus inaccessible. Serge, dans son personnage tragi-comique, a trouvé un moyen original et quelque peu saugrenu de s’en approcher, en utilisant des gadgets «amusants», fruits insignifiants et absurdes de cette même modernité, creuse. Mais la dernière barrière, celle de la véritable relation avec l’autre, n’est jamais franchie. Et le temps passe, sur une existence vidée de sa finalité. Mais peut-être que, dimanche prochain, à 18 heures…