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Et si Martineau avait raison…

L’autre jour, en zappant, j’ai attrapé le début du film Shortbus à Artv. C’était cette scène de yoga nouveau genre au cours de laquelle un homme se sert ni plus ni moins qu’une auto-fellation (pratique que j’associe davantage à Twitter habituellement, mais c’est une autre histoire). Vous comprendrez que j’ai été assez étonné de me faire servir ces images, sur les ondes d’ARTV, malgré l’heure avancée qu’il devait être. Et je l’ai été tout autant lorsque, plus tard, l’on m’a présenté des scènes d’orgie, une autre de triolisme homosexuel, des séances de sadomasochisme, et autres.

« J’utilise des symboles clairs. Quand je filme un personnage qui cherche à se faire une fellation – et qu’il n’a pas 14 ans –, c’est une métaphore de son désir d’être à nouveau en accord avec lui-même, ça parle simplement de l’amour de soi« , confiait James Cameron Mitchell, réalisateur de Shortbus, dans une entrevue accordée aux Inrocks en 2006.

Une auto-fellation démontrerait donc implicitement l’amour de soi. L’image est un peu paradoxale, mais je serais prêt à l’accepter si le même personnage n’avait pas le projet de s’enlever la vie tout au long du film avant de tenter le coup plus tard.

Mercredi dernier aux Francs Tireurs, Richard Martineau s’entretenait avec le pornographe Marc Dorcel. À certain moment, le premier interrogeait le deuxième sur sa concurrence (si je me souviens bien), et a ajouté que, selon lui, plusieurs grands cinéastes feront un jour du porno. Et s’il avait raison… du moins, en partie. Mais ne vous méprenez pas, je ne vous ferai pas le bonheur de me servir de l’étymologie du mot « pornographie » qui vient, soit dit en passant, du grec et qui signifie « Prostitué' » pour faire une métaphore de la publicité. Non, je parle de films pornographiques au sens propre (?!?), comme dans représentation d’actes sexuels ayant pour objectif d’exciter sexuellement le spectateur*. Shortbus, c’est un peu ça, non?

Mais assez parlé de ce film. Passons à d’autres exemples. Prenons Antichrist de Lars von Trier avec Charlotte Gainsbourg et Willem Dafoe dans lequel on peut voir un gros plan sur un membre masculin au garde à vous qui va et qui vient entre les reins de la fille (ou sa doublure) de celui qui a composé la chanson? Vous voyez à quelle chanson je fais allusion? Et parlant de Lars Von Trier, vous vous souvenez de Les Idiots? Si ce film ne contient pas de scènes d’actes sexuels ayant pour objectif d’exciter sexuellement le spectateur, je me demande à quoi elles peuvent bien servir…

Même au Québec on n’hésite plus à montrer des actes sexuels non simulés dans certains films dits non-pornographiques. Pensons à la scène d’ouverture de 10 1/2 dans laquelle un jeune garçon regarde, à travers son écran cathodique, une femme pratiquer une fellation sur un homme. Alors que jadis, nous aurions opté pour des positions qui ne montrent pas explicitement l’acte sexuel, Podz a préféré montré le tout. Idem pour le film Laurentie.

Et ça peut continuer longtemps comme ça. J’ai même trouvé une liste de films non pornographiques qui contient des actes sexuels non simulés sur Wikipédia.

Je m’interroge à savoir si le fait de montrer des actes sexuels du genre peut vraiment témoigner de quelque chose et convaincre les gens à croire davantage à l’histoire. Et je me demande ce qu’en penserait Bukowski… Je suis conscient que la plupart des cinéastes qui ont recours à des scènes d’actes sexuels non-simulés ne le font pas nécessairement dans le but d’exciter, mais je me questionne sur l’utilité de la chose si ce n’est pas d’exciter sexuellement le spectateur.

Et si Martineau avait raison… du moins, en partie.

Et si, par exemple, la finale d’Amélie Poulain avait été étirée de quelques minutes pour bien expliquer aux gens qu’Amélie a finalement décidé de se consacrer à son propre bonheur…

Sans péjoration, que deviendrait le cinéma si Martineau avait raison… du moins, en partie?

 

*N. M. Malamuth, International Encyclopedia of the Social & Behavioral Sciences, Pergamon, 2001 (ISBN 978-0-08-043076-8), « Pornography – Dening Pornography », p. 11817