C’est lundi dernier qu’avait lieu la première du nouveau long métrage du cinéaste Max Perrier à la Cinémathèque québécoise. Conjointement chapeautée par Fantasia et Présence autochtone, la projection de Feed the Devil nous a apporté au plus profond de la forêt boréale tortueuse et hostile, sur les terres sacrées d’un chaman aux mœurs plutôt brutales.
Conversation avec le scénariste et réalisateur abitibo-montréalais à l’origine du projet.
Pour Feed the Devil, les origines du film, ton inspiration, ça part d’où?
C’est un mélange entre à la fois un voyage que j’ai fait en Égypte et un article que j’ai lu sur des pratiques funéraires qui avaient cours il y a 10 000 ans dans le coin de la Palestine. J’aime les films de voyage, les films exotiques, l’aspect amérindien du film vient de là. Je trouve que le nord québécois n’est pas beaucoup exploité, on a un élément anthropologique intéressant là. Je suis parti de vrais légendes autochtones que j’ai extrapolées, et qui auraient un peu dérapé. C’est un mélange de tout ça.
La religion occupe une place importante dans le film, pas seulement les croyances amérindiennes mais aussi celles liées au christianisme. Comment tu te positionnes par rapport à ça?
Je trouvais ça intéressant de faire un parallèle entre des croyances amérindiennes qui ont dégénéré et un autre personnage redneck, Born again christian. Ce n’est pas voulu, mais le parcours c’est un peu celui d’un martyr. Il y a le responsable de Fantasia qui a écrit quelque chose d’intéressant en lien avec ça. Ce n’était pas nécessairement voulu, mais tout ça renvoie un peu au colonialisme, aux missionnaires. Le blanc qui débarque chez les amérindiens pour venir prendre ce qui leur appartient.
Il n’y avait pas nécessairement d’arrière-pensées en arrière de ça, mais ça fait partie de la texture du film.
La façon dont les amérindiens sont dépeints dans le film pourrait porter à penser qu’on les projette un peu comme des sauvages menaçants. Est-ce que c’est quelque chose qui a joué dans ton cheminement créatif?
J’appréhendais un peu ça, c’est certain qu’il y a quelque chose de politiquement incorrect là-dedans. Mais j’ai regardé ça du point de vue du personnage, le blanc est sexiste et raciste, c’est un peu un antihéros. Il est assez innocent, je crois que ça s’équivaut. Je n’ai pas eu de feed-back négatif par rapport à ça.
Il y aussi la drogue, l’alcool dans le film. Cet aspect là m’inquiétait plus, mais il n’y a pas eu de problèmes non plus. Les comédiens amérindiens n’ont pas été dérangés par ça.
C’est ton deuxième film, un film d’horreur, le premier que tu as réalisé, The Ante, était aussi un thriller, un film noir assez violent. Est-ce que l’horreur, l’expression artistique par la violence c’est central pour toi?
Je ne dirais pas que la violence est centrale. Je ne peux pas dire que je suis un fan de gore, de vampires ou de zombies. Dans ce cas-ci, ce n’était pas vraiment le but. L’horreur c’est aussi la psychologie des personnages, le malaise, l’ambiance. Je ne me qualifierais pas comme un gars de films de genre, de films d’horreur à la base. Je fais beaucoup de choses qui n’ont rien à voir du tout avec ça.
J’ai eu vent que ton prochain projet de long-métrage pourrait être tourné en français?
Oui, on a un projet de drame historique sur la prohibition. C’est une production québécoise. Les deux films (The Ante, Feed the Devil) on les a fait de façon complètement indépendante avec des partenaires en Angleterre, c’est un peu pour ça qu’on a tourné en anglais, mais aussi en pensant au marché américain. Sans financement de la SODEC ou de Téléfilm, on n’a pas le choix de penser en fonction de ça. Pour celui-là, on essaie d’avoir du financement public.
J’ai aussi un projet de film sur les gangs de rue qui me tient à cœur sur lequel je travaille de façon plus indépendante, avec des partenaires à gauche et à droite.
En terminant, si tu pouvais mettre le doigt sur un mot, une émotion qui décrit ton cheminement créatif, qu’est-ce que ça serait?
Je dirais «métamorphose» ou «changement», ou «baptême» peut-être, un espèce de voyage que tu passes et qui te change. Ouais ça serait ça. *
