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Une Québécoise chez les Turcs. Les bruits de mon quotidien.

Droits réservés: Mélanie Pouliot
Crédit photo: Mélanie Pouliot

On ne s’ennuie pas à Istanbul!!! Dans cette ville immense et densément peuplée, le chaos règne!! Ayant passé la moitié de mon existence dans un village de mille âmes et l’autre moitié à Montréal, pour moi C’EST LE BORDEL. Mais tout est relatif, vous me direz. En effet, pour mes amis venant de Beyrouth ou Le Caire, Istanbul est un véritable havre de paix.

Dans mon quartier, Kadıköy, l’un des plus libéraux d’Istanbul, dit-on, déambule une faune hétéroclite; étudiants, travailleurs assidus, artistes, gauchistes, bobos, expatriés…On y retrouve autant des boutiques huppées, des cafés végétaliens, des pubs rock, des appartements luxueux sur le bord de l’eau que des bouis-bouis traditionnels et des immeubles en ruine… Le tout quelque peu fragmenté, séparant ainsi les différents univers. Mon quartier c’est pour ainsi dire un mélange d’Hochelaga, du Plateau et du Mile-End.

Mon voisinage regorge de gens bruyants, de marchands ambulants sillonnant les rues. Chaque jour j’entends le Monsieur Simit (genre de bagels) avec son plateau sur la tête criant de sa voix nasillarde: Siimiiit-Siiiiimiiiiiittttt-Siiiiiiiiimmmmmiiiiiiiiiitttttttt. Il y a aussi Le Monsieur Eskici (prononcer eskiji), traînant à bras sa remorque en bois, ramassant des cochonneries en tout genre pour ensuite les revendre: Eskiijii-Eskiiijjjjiii-Eskiiiiijjjjjjjjiiiiiiiiiiiiiiiiiiii…

Les klaxons des voitures, minibus et taxis collectifs qui rappellent sans cesse leur présence. Biiiip biiiiiiiiiiip, un lift? Les perpétuels travaux et constructions avec des mesures de sécurité quasi inexistantes, à faire frémir tout agent de la CSST. Un enfant qui appelle sa mère pendant 10 minutes; Anneeeeeeee-Annneeeeeeee…Des livreurs de bouffe à mobylette qui passent sur les trottoirs, roulent à contresens. Des Imams qui chantent l’appel à la prière cinq fois par jour.

Ce chaos est sympathique, il colore la vie d’Istanbul. MA vie à Istanbul. Souvent je me sens surstimulée et, voulant m’isoler, je parcours les rues avec mes gros écouteurs hurlant de la musique Black Métal. Hmmm apaisant…

Dans mon quartier, il n’y a pas que des bruits agréables et typiques. Il y a aussi les bruits d’une ville tumultueuse en proie à un certain climat de violence. Des cris de conducteurs fous, de voisins qui tentent d’arrêter une bagarre, de manifestants qui scandent des slogans contre le gouvernement en place, de vrrrrroouuummmmm des camions blindés de la police (TOMA) et des pfffffffff des gaz qui font pleurer, réprimant rapidement tout mouvement contestataire.

Pour moi ces bruits ne sont pas communs, ils ne le seront jamais!! Ils me font souvent sursauter, me rendent nerveuse, anxieuse. Certains me hantent même encore; les sons d’une chicane de ménage qui se termine par des coups, d’un groupe politique qui en attaque un autre muni de couteaux de cuisine et de morceaux de bois en pleine rue commerçante par un beau dimanche après-midi. Les plaintes d’un livreur à mobylette battu par trois hommes à coups de pied et de bâtons juste en face de chez moi, les clameurs des voisins criant de leurs fenêtres tentant de les freiner. Ces sons de la violence, une violence omniprésente, je dirais presque banale ici, j’y reviendrai…

Voilà les sons de ma ville, de mon quartier, de mon voisinage. ll y a de ces bruits qui agrémentent le quotidien et d’autres qui dérangent, qui bouleversent, qui laissent leurs empreintes dans mon esprit et mon dans mon coeur. Peu importe leur nature, je ne peux y échapper, ils sont les bruits de ma vie à Istanbul. Cet Istanbul Trash qui me fait encore vibrer.