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La fin des mots!

BHL, comme d’autres sionistes notoires, il se réveille à chaque matin en se demandant « Qu’est-ce que je peux faire aujourd’hui pour la survie d’Israël? ». Même s’il ne fait aucunement allusion au pays dont il ne dénonce jamais les crimes contre l’humanité, son dernier texte dans le Monde, est inspiré par la peur des conséquences de la fin de l’Europe sur Israël. C’est l’Europe qui a fait Israël. La fin de l’Europe ne serait pas le début de la fin d’Israël..? Pour combattre l’inéluctable, Bernard Henri-Lévy poursuit sa guerre contre les mots! 

(Mise à jour: 27 juin 2016).

« Le plus beau métier d’homme est le métier d’unir les hommes » Antoine Saint-Exupéry.

Des centaines de milliers de mots ont été déployés à l’intérieur de 640 pages avec le but ultime de nous faire accepter une guerre. Une guerre qui a fait des milliers de victimes civiles innocentes. « La guerre, sans l’aimer » de Bernard Henri-Lévy est certainement une des plus grandes trahisons qu’un homme de mots peut faire aux mots.

« Père », « terre » et « désert »,  sont parmi les mots-clefs que BHL a utilisés avec un soin particulier. L’auteur a choisit la forme du journal pour nous raconter la guerre au quotidien. Il nous laisse clairement savoir qu’il n’en est pas un simple témoin. Il ne laisse aucun doute, preuve à l’appui, qu’il en est un des acteurs importants. Autant d’effort, autant de passion, dans le choix des mots pour justifier l’injustifiable.

« La guerre, sans l’aimer » c’est le service après vente d’un carnage pour le rendre humainement acceptable. Un surplus de paroles pour tuer dans l’œuf toute critique et toute mauvaise conscience. Une opération sur-médiatisée pour faire oublier toutes les autres options, exceptée celle de la guerre. Malraux a perdu celle d’Espagne. BHL a voulu gagner celle de Libye. Mais au prix de combien de morts et de combien de mots ?

Que des politiciens fassent un usage abusif des mots, cela fait presque partie prenante de leur métier. Et nous avons appris à en prendre et en laisser. Mais qu’un homme de mots se prête à magnifier la guerre tout en prétendant ne pas l’aimer, quel insulte à la mémoire de tous ceux qui l’ont combattu par les mots. Qu’un homme de mots, supposément libre de toute partisannerie politique, s’engage dans une machine de propagande avec comme résultat l’installation d’un régime islamiste en Libye, tous les mots de la terre ne sauraient justifier une telle mascarade. À elle seule, la sauvagerie avec laquelle on a mis fin à Kadhafi, reflète le caractère assassin d’un homme de guerre déguisé en homme de mots.

Comment expliquer et avec quels mots, cette réconciliation soudaine des régimes occidentaux (dont celui du Canada) avec les mouvances islamistes? Vous ne trouverez pas réponse à cette question dans le livre de BHL. Les islamistes terroristes d’hier y sont présentés comme des résistants qui méritent notre appui le plus total. Ce n’est pas dans ce livre que vous apprendrez qu’en réalité jamais les puissances occidentales n’ont cessé leur alliance avec les islamistes. Qu’ils constituaient et constituent toujours le meilleur rempart contre l’avènement de la démocratie dans le monde arabe. Que le printemps arabe annonçait subitement une telle possibilité. Que le danger, le vrai, n’aura jamais été celui qu’on croyait. Ce n’est pas avec les mots de BHL que vous apprendrez qu’un intégriste religieux (comme dirait Tahar Benjelloun) n’a rien à faire de la modération. Sous la plume de BHL, jamais vous n’apprendrez que le seul danger que les régimes occidentaux ne cessent de retarder, c’est l’arrivée au pouvoir des démocrates arabes et africains. C’est ce que Pascal Boniface appelle un intelectuel faussaire.

Aujourd’hui, nous entamons 2012 avec le sentiment d’impuissance devant la progression des islamistes dans les pays du Maghreb. Toutes étonnées de la vitesse d’une telle progression, les opinions occidentales s’agitent et s’ébranlent. Apparemment les mots, même les plus brillants, n’ont pas suffit pour les avertir. Pour les informer. Force est de reconnaître que très peu de place leur sont accordés dans les médias de masse. Les médias-mensonges, auxquels Michel Collon a consacré un livre, sont trop occupés par les BHL de ce monde pour que la confusion règne toujours. Et pour cause.

Quand les mots servent à cacher, à masquer, à mentir, à pervertir, à divertir, à diviser, à manipuler, à instrumentaliser, ils cessent d’exister. Quand les mots servent à glorifier la guerre ils n’existent que pour se trahir. Pour faire mourir. À quoi servent les mots quand ils ne servent plus à rien. Quand ils alimentent ambiguïté, confusion et cynisme. Quand ils nous rapprochent, chaque jour un peu plus, de la fin.

À défaut d’une fin du monde c’est une fin de mots qui nous guette et nous menace. À nous de se réapproprier les mots et d’en prendre soin. À nous de les répandre sans cesse et sans découragement. Je parle de ces mots qui inspirent et respirent l’universel. De ces mots qui rassemblent les différences autour d’un projet commun. De ces mots qui frappent avec la même force des frères ennemis. De ces mots qui rapprochent des orientations politiques et idéologiques opposées. De ces mots qui concilient le particulier et le collectif. De ces mots qui donnent envie de passer aux actes. De ces mots qui font et refont le monde. De ces mots qui marchent sur l’eau. Oui, je parle de ces mots qui font des miracles.

« Aimez-vous les uns les autres ». Aussi racoleuse peut-elle paraître aujourd’hui, cette phrase a mis fin au monopole de la loi du talion. Depuis, « Œil pour œil, dent pour dent » n’est plus un principe de justice dans un État de droit. Il a suffit de six mots, traduits d’une langue à l’autre, pour que brille l’idée de la fraternité humaine, de l’égalité et de la liberté. Avant et après l’avènement du christianisme, des philosophes, des poètes et des prophètes, de différentes contrées, ont accompli par les mots d’autres miracles.

Je pense à Socrate avec son fameux « Connais-toi toi-même » qui a grandement contribué à l’émergence de toute une époque grecque ou la philosophie, la science, la poésie et le théâtre étaient considérés de l’ordre du nécessaire. Je pense à Al Ghazali qui, cinq siècles après l’avènement de l’islam, a épousé le soufisme pour libérer les mots du cadre étroit du fiqh (théologie islamique) et imposer un islam pacifique.

Certes les mots de ces hommes et ces femmes de mots, n’ont pas empêché deux siècles de croisades et d’autres guerres et génocides. Ils ont cependant aidé les humains à les raconter pour les transcender et en tirer des leçons. Tant qu’il y a des mots, il y a de l’espoir, ai-je envie de dire. En regardant les mots se trahir, chaque jour un peu plus, il m’arrive de le dire avec moins de conviction.

J’ai pris une seule résolution pour la nouvelle année. Ne plus utiliser dans mes écrits certains mots dont j’ai usé et abusé depuis ce fameux 11 septembre. Comme des millions de scribouillards, moi aussi je suis tombé dans le panneau. Moi aussi, j’ai eu tendance à m’arrêter sur certains mots qui en cachent d’autres. Ces mots que je vous laisse deviner, ne s’imposeront plus à moi. Quoi qu’il arrive dans l’actualité, c’est la dernière fois que vous les voyez en haut de ma signature.

Je vous laisse sur les mots du grand poète suédois, Tomas tranströmer, récipiendaire du prix Nobel 2011:

Cet instant
telle une fumée chaude qui monte dans le froid
Ce paisible instant

Le chien laisse son cri
le lièvre laisse sa peur
la flûte laisse la bouche
pour jouer enfin seule

Et ce pauvre bel instant qui lutte
contre l’armée des secondes
et se noie dans les remous
mais me survit pourtant